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Le récit de son aventure
   
Gros merci à tous ceux qui ont eu la patience d'avoir saisi l'article sur leurs ordinateurs. Ouf !
   
Jusqu’au bout des rêves
 
 

Récit de voyage de Julie Lapointe
 
 

Québec - Terre de feu à vélo... rien de moins


 
 

Où commence le rêve de Julie

Ce grand rêve me trotte dans la tête depuis que je suis toute petite: découvrir le monde. Tout a commencé à la boutique de plein air où je travaillais. Un client est venu prendre des informations sur les filtres à eau et les réchauds pour le voyage Québec-Chili en vélo. Après les achats de dernière minute, il me dit:  " Si tu veux, tu viendras nous rejoindre ". Je lui réponds: " Attention, je vais te prendre au mot ". Parole en l’air qui fera germer de grandes idées... Le 5 septembre, il part avec un copain pour la traversée Montréal-Vancouver, puis la descente sur la côte ouest jusqu’au bout de l’Amérique du Sud, "Terre de feu ", où la route prend fin.
 
 

Québec - Etats-Unis, 5 nov. au 28 déc. 97 

Le 5 novembre, me voilà partie à l’aventure. A moi les nouvelles frontières, les découvertes et l’inconnu. Ceux qui me connaissent savent que je n’ai pas peur du défi. Ce soir-là, Eric, un très bon ami, est venu me reconduire de Laval à Burlington, Vermont USA, où je dors dans une cours de surplus de remorques de camions. Après son départ, ponctué de larmes, je me retrouve seule, à 21h15, pour dormir dans le derrière d’un camion réfrigéré. Après ½ h, je me détend un peu et soudain le camion se met à bouger. Quelqu’un est là et je suis en danger. Je retiens mon souffle et cherche un moyen d’assaillir mes attaquants. Après environ 2 minutes, c’est le calme... À la noirceur, je cherche ma pompe pour frapper, j’installe mes pédales pour sortir du camion avec ma bicyclette, pensant devoir l’utiliser, car je ne cours pas assez vite, ou encore pour la lancer en plein front de mon assaillant! Un téléphone sonne... Je suis seule. Vous ne pouvez savoir comment je souhaite qu’Eric soit là pour me ramener à la maison. Je me dis: " Tu es Rambo, tu es capable de te défendre, pense aux solutions " (oui, oui, je me dis vraiment cela). Mourir le 1er soir ne me tente guère. Après 15 minutes, rien ne bouge. Je m’approche doucement de la porte et d’une main j’empoigne une lourde poche de bagages, tandis que de l’autre, je brandis ma pompe. Prête à assommer, je risque un œil, je descends sur le marchepied et j’observe. Personne. J’avance alors en catimini et regarde dans la cabine avant, tout en bougeant le camion, comme dans les films. Toujours rien. Après avoir étudié toutes les issues, rails de chemin de fer, clôture et cours, je me rassure, mais ne comprends rien. Ce soir là, j’ai eu la plus grande peur de ma vie. Belle façon de commencer un grand voyage! Le lendemain matin à 5h30, je prends l’autobus après une charmante nuit passée près d’une bourdonnante cours de triage de trains. Au premier arrêt, quelqu’un me demande si j’ai senti le tremblement de terre à 21h45...

Après 4 jours d’autobus, j’arrive à Florence, Oregon USA, à 18h45. Je monte et équipe le vélo sur le balcon d’un café, fermé pour la nuit, afin d’aller au camping. A 21h15, c’est le départ par une nuit noire. En plus du vélo chargé à bloc, j’ai un sac à dos et une ceinture de taille contenant les outils. Je suis tellement mal équilibrée que je dois marcher par bouts. Rouler à la frontale n’est pas évident pour apprivoiser un lourd vélo. Cinq km plus loin et 3/4 h plus tard, j’arrive au camping Honeyman, où je peux enfin dormir à l’horizontal, après quelques nuits en autobus.

Je suis donc partie rejoindre Bruno et Martin qui, selon mes calculs (dernière nouvelle de Calgary), devraient être en Oregon. Pour les rattraper, je roule la plupart du temps sous la pluie et prends aussi l’autobus. Je traverse les forêts de Redwood en vélo. Je me sens toute petite comparée à ces géants et aux gigantesques plantes. Je ne retrouve finalement mes copains que le 21 novembre à Bodega Bay, au nord de la Californie. Après 2 jours de route et beaucoup de côtes, nous arrivons à San Francisco, charmante ville colorée où nous voyons pour la première fois les lions de mer et prenons le temps de visiter la prison d’Alcatraz. J’apprécie particulièrement la bande sonore qui nous permet de visiter la prison et les " Rangers " qui parlent des évasions et de la vie en prison. Ça en vaut le détour! Nous suivons la côte et traversons en un jour la région de Big Sur et ses 4 sommets de 750 à 850 pieds. Nous sympathisons avec les énormes et impressionnants éléphants de mer à St-Siméon. Mes copains et moi passons quelques jours à Los Angeles où nous visitons Universal Studio, Walt Disney, Walk-a-Fame et le Chinese Theater. Ces journées font du bien au physique mais appauvrissent mon portefeuille. Le réveillon et Noël sont célébrés à de San Diego loin de ma famille, de mes amis et de la neige, pour la première fois. Après la messe de minuit, nous allons souper au Denny`s et passons Noël au zoo de San Diego, qui a pour mandat de sauvegarder les espèces menacées. J’adore les tigres, les ours polaires, les hippopotames et les girafes. Malgré le fait que le Québec me manque, je passe un extraordinaire Noël, car les animaux sont une autre de mes passions.
 
 

Mexique, 28 déc. 97 au 18 mars 98

Le 28 décembre, je quitte les USA pour Tijuana au Mexique. J’avoue que je ne connais pas grand chose de ce pays, à part les peurs qu’on m’en a faites. Les gars ne se sentent pas plus en sécurité que moi. La traversée est un choc culturel. Les maisons sont minuscules et de grandes familles y vivent, souvent 8 enfants. Il y a des déchets partout. Près des maisons, l’espace est partagé entre enfants, chiens, coqs, poules, poussins, dindons, cochons, moutons, vaches, ânes, chevaux et bien sûr, déchets. Mais les gens semblent heureux et sont très aimables et accueillants. L’espagnol est une barrière entre nous, mais j’apprends vite. 

L’eau du robinet n’est plus potable, nous devons l’acheter. La pluie est chose du passé. Depuis le 7 décembre il n’a plu qu’un jour, durant 10 minutes, soit le 2 février 98; puis le 2 mars, durant quelques heures et depuis, plus rien... Et il fait très chaud. Nous traversons La Baja California où il y a un des plus beaux déserts au monde, dû à ses grandes variétés de cactus. A Puerto Adolfo Lopez Mateos, Bruno, Martin et moi allons observer les baleines dans un petit bateau. Je vois une maman baleine, grise, de 14 à 16m et son bébé âgé de quelques semaines. Puis, c’est le retour au port, extasiés. Après plusieurs semaines de désert, la ville de San Ignacio m’apparaît comme un oasis de fraîcheur et de douceur. Les palmiers, les cocotiers, les fougères et la végétation dense, entourant sa belle rivière, me font penser à la jungle amazonienne ou de ce que j’en imagine. Je pourrai comparer dans quelques mois.
 
 

Joyeuse équipe

Après 17h de traversier, de La Paz à Mazatlan, nous arrivons sur la terre ferme. Nous roulons sur la côte ouest, beaucoup moins belle que Baja California, mais j’aime particulièrement San Blas et Puerto Vallarta. Deux jours après cette dernière, nous rencontrons Sylvain, un Montréalais, qui continuera jusqu’au El Salvador avec nous. 

Acapulco est une très grande ville touristique, très agitée pour des gens qui viennent de passer presqu’un mois dans des petits villages de quelques habitants. A Zepolite, magnifique ville hippie dévastée par l’ouragan Pauline, nous rencontrons 3 cyclistes de Colombie-Britannique, Jamie, Pasha et Todd, avec qui nous roulons les prochaines semaines. Je passe 2 jours sur la plage, à me reposer et à bien manger. A La Ventosa, je parcours 200 km pour atteindre la côte est, avec Sylvain, Jamie, Pasha et Todd. Bruno et Martin roulent devant, à leur rythme, et nous nous rejoignons après quelques jours, à Palenque. Nous visitons enfin les ruines de Palenque, dont nous entendons parler depuis quelques mois. Je suis emballée par les ruines aztèques, la jungle et les singes-hurleurs que nous entendons la nuit dans le camping. A ce point, Martin décide de rebrousser chemin. A un jour de Palenque, en montée, il y a Agua Azul, magnifique rivière turquoise se partageant en chutes, cascades, bassins et en multitude de petits bras. Pour la première fois, le danger nous guette et je me fais voler mon ordinateur de vélo dans la tente, durant la nuit. Jamie et Pasha nous quittent pour la péninsule du Yucatan et je continue avec Bruno, Todd et Sylvain. Après 165 km de montée, dans les montagnes du Chiapas, nous arrivons dans la ville de San Cristobal de Las Casas. Cette montée en valait la peine car, dans les montagnes, la T° est fraîche, les descentes sont même frigorifiantes. Depuis le début du Mexique, nous suons sous des chaleurs de plus de 35°C et souvent plus de 40°C. San Cristobal est une ville sous influence espagnole, magnifique avec ses couleurs et ses vieilles églises. Le vaste marché d’artisanat nous occupe pendant des heures et peut satisfaire tous les goûts et budgets. C’est pratiquement gênant de payer si peu cher pour tant d’heures de travail méticuleux.
 
 

Guatemala, 18 mars au 13 avril 98, déjà 6800 km dans les jambes, faut le faire !

Après 3 jours de descente, nous arrivons, le 18 mars, près de la frontière du Guatemala. Un mur de montagnes se dresse devant nous et fera partie de notre quotidien pendant plusieurs semaines. La frontière est à 4 km à l’intérieur de ces majestueuses montagnes et notre joyeuse équipe doit y accéder, en plein après-midi, à 41°C, à l’ombre. Je ne sais quelle température il fait au soleil, mais à la frontière nous devons nous arrêter pour boire et nous reposer, étant sur le point de défaillir. Le kilomètre qui nous sépare de l’hôtel se fait à pied. Trop chaud pour avoir le goût de rouler... La plupart du temps nous sommes debout à 4h30, pour être sur le vélo à 5h30, au lever du soleil; seul moyen de ne pas suffoquer, du moins durant quelques heures. De 24°C, le matin, il fait déjà plus de 30°C à 8h30... J’ai maintenant 6800 km dans les jambes.

Le Guatemala vaut un voyage à lui seul. De Huehuetenango, nous allons en autobus du peuple jusqu’à Todos Santos, haut perché dans les montagnes. Nous partons de 1500 m d’altitude pour atteindre 4370 m, puis redescendre à 2500 m, en 40 km et 4h20. A partir du haut plateau, le voyage se continue sur le toit de l’autobus, avec poches de grains, légumes, fruits et 4 moutons à mes pieds. La route de terre est très étroite, très abrupte, sinueuse et à flanc de falaise qui, vue du toit, semble encore pire. Aucune route du Québec ne se compare à ce paysage. La descente pour le village indien s’est faite sous les nuages. Les hommes portent des pantalons rouges, rayés de blanc, avec une chemise rose, à gros col brodé de couleurs vives, le tout rehaussé d’un sac tissé de belles couleurs, ce qui harmonise bien l’ensemble. C’est ravissant, mais j’imagine mal un père de famille vêtu ainsi au Québec. Les blouses des femmes, brodées de couleurs magnifiques avec fond bleu ou mauve, sont toutes plus belles les unes que les autres. Un telle blouse représente en moyenne 6 mois de travail... Les jupes tissées sont tout aussi ravissantes. Ces habits traditionnels sont portés au quotidien.

Après encore plusieurs journées montagneuses où nous sommes montés jusqu’à 3670m, nous redescendons à Panajachel, au lac Atitlan, à une distance de 18 km, et une altitude de 1500m. La vue sur le lac et ses 3 volcans est prenante. Après un tour de bateau sur le lac afin de visiter les villages, -aucune route ne les reliant-, et faire une randonnée sur le volcan San Pedro, nous laissons les vélos à Panajachel et allons visiter les ruines Maya de Tikal, en autobus. Les 6 temples, pyramides et complexes sont gigantesques et de toute beauté. Les singes-araignées sautent de branche en branche, pendant que les singes-hurleurs nous chantent leur sérénade. Pour la première fois, je grimpe dans une vraie liane. A ne pas manquer: Finca Ixobel, à Poptun, un endroit inoubliable avec ses activités multiples et son buffet à volonté fait de nourriture préparée sur place. Une des grottes que l’on peut visiter est formée par une rivière où nous devons marcher et nager. Extraordinaire bain rafraîchissant et contrastant avec une température de 40°C. Il y a une descente de rivière en tube, de l’équitation, de la randonnée pédestre et/ou jeep dans la jungle, en plus du ballon volant sur le terrain; tout cela au choix et à prix abordable.
 
 

Montagne " abrupte " affrontée en zigzag

De retour à Panajachel, nous prenons la direction d’Antigua, où je connaîtrai la pire journée de vélo depuis le début. La plupart du temps la route est en terre et tellement abrupte qu’elle doit être affrontée en zigzag. Les descentes sont dangereuses ( 37 km en 5h30 ). Le lendemain, dimanche des Rameaux, nous arrivons à Antigua. Cette ville est réputée pour avoir la plus belle procession au Guatemala: 110 hommes, portant une plate-forme en bois massif de Jésus et sa croix, avancent au milieu de centaines d’hommes en tunique mauve, d’encenseurs et de musiciens. Les femmes, avec leur voile de dentelle et un bouquet de rameaux, marchent avec leurs enfants et 50 d’entre elles portent la Vierge Marie. Ils parcourent ainsi les rues sur un tapis d’aiguilles de pins où y sont déposés fleurs et plantes qui forment de magnifiques dessins. La Semaine Sainte est célébrée partout en Amérique centrale et, durant cette période, tout est plus dispendieux. 

Pour sortir d’Antigua, la journée de vélo est pire que la précédente. Sous une chaleur suffocante, nous devons affronter des côtes encore plus à pic, sur une distance de 12 km et durant 2 heures. Nous continuons un autre 12 km de descente, sur une route de terre en si mauvais état qu’il nous faut prendre 2h30; ajoutons à tout cela quelques crevaisons et plusieurs bouts à pieds et nous arrivons enfin en bas. La journée se termine par une magnifique descente de 25 km à plus de 45 km/h.
 
 

Au bout du monde, banques fermées et 40 cents en poche (El Salvador)

Cette nuit là, je souffre de ma première gastro-entérite depuis le début du voyage et jeudi, 9 avril, je franchis la frontière du El Salvador dans un état comateux. Après avoir payé la carte touristique, il ne me reste que 2 colons en poche (40 cents can). Quelle joie d’apprendre que les banques sont fermées et ce, durant toute la Semaine Sainte! Bruno et Todd mettent leur argent en commun pour faire un fond pour nous tous. Même avec notre partage, la situation restera très, très serrée. Le dernier repas que j’ai gardé remontant à hier matin, il est donc bon de manger et de reprendre des forces. Après une bonne nuit de sommeil, je me sens plus en forme pour rouler jusqu’à Acajutla sur la côte ouest, où nous dormons à côté de l’église, faute de sous. Après une journée de 86 km, dont 56 km de côtes, sous un soleil radieux et une T° de 41°C, nous arrivons à La Libertad, ville côtière populaire pour le surf. Nous y restons pour la Pâques, afin d’aller à la banque lundi et de pouvoir payer l’hôtel.
 
 

Repos bien mérité

Avec Todd, je passe le dimanche sur la plage et nous nous baignons plusieurs heures et faisons du " body surfing ". Chez lui, à Vancouver, Todd pratique régulièrement ce sport. Façon originale de célébrer Pâques! Mais espérons vraiment que les banques soient ouvertes le Lundi Saint...?
 
 

Suivez-moi sur internet et mille mercis 

Finalement, les banques sont vraiment ouvertes le Lundi Saint et je peux échanger un chèque de voyage, même s’il m’en reste peu. Mais les guichets automatiques sont inexistants au El Salvador, Honduras et Nicaragua et je me retrouve dans de beaux draps, ne pouvant faire d’avance de fonds sur ma carte de crédit. Heureusement, les gars me passent de l’argent en attendant.

Les gens du El Salvador sont très sympathiques et plus ouverts que ceux du Mexique ou du Guatemala. Et tout spécialement les femmes, elles ont le sourire facile et elles nous approchent spontanément pour discuter. Nous restons 2 jours à San Miguel où Jamie, le bibliothécaire de l’Université Orienté, me permet d’utiliser internet et de télécopier gratuitement, afin de faire les démarches pour arriver à utiliser ma carte de crédit directement à la banque. Je remercie tous les gens qui se sont dévoués pour moi, en particulier ma mère qui s’est démenée corps et âme pour que je puisse avoir des sous disponibles.

Les églises d’Amérique centrale sont très belles, étant presque toutes très âgées et datant de l’époque où l’on prenait beaucoup de temps pour faire de magnifiques décorations. Même les petites villes en ont de superbes. À Antigua, où a lieu la parade de la Semaine Sainte, la cathédrale, les églises et le couvent ont subi les chocs de mère nature. En 1548, les gens terminent la construction de l’église de Las Mercedes et elle est détruite par un tremblement de terre en 1717. On prend 50 ans pour la reconstruire, mais en 1773, un autre tremblement de terre la détruit de nouveau et elle reste ainsi jusqu’en 1850. À ce moment, 5 ans est nécessaire pour la refaire en bonne partie. Aujourd’hui, ils travaillent surtout la cathédrale qui est d’ailleurs magnifique et gigantesque. Elle est en voie de redevenir un bijou, car ils suivent fidèlement les plans d’origine. Beaucoup de structures jonchent encore le sol, en particulier les arches et le toit en forme de demi-arche. Toutes les autres églises et vieux bâtiments n’ont pas cette chance et sont encore à moitié en ruines, ce qui donne un cachet particulier à Antigua. Presque toutes ces églises sont reliées par des souterrains pour la communication interne.
 
 

Le Honduras

Nous quittons El Salvador, nous " los tres burros " (les trois mulets), le vendredi 17 avril, pour entrer au Honduras où nous ne passons que 2 jours. J’ai maintenant 7658 km dans les jambes qui se musclent graduellement... Je n’aurai pas vraiment le temps de connaître le Honduras, ne faisant que passer, mais ce sera tout de même suffisant pour réaliser que les gens sont très souriants. Toutes les personnes que nous croisons, autant enfants qu’adultes, nous envoient la main en nous disant bonjour. C’est la première fois que nous expérimentons une telle chaleur. Semble-t-il que le nord du Honduras soit moins ouvert.
 
 

Le Nicaragua

Nous avons traversé la frontière par El Amatillo en direction de Choluteca. Après 135.8 km, sur une route vallonnée et en bon état, nous entrons au Nicaragua par la ville de Somotillo . Durant 2 heures, nous faisons des démarches afin d’obtenir un certificat pour notre véhicule (vélo), inspection, estampillage, etc; nous passons dans ce nouveau pays le 19 avril. C’est la première fois que mon vélo est considéré comme un véhicule et nécessite un certificat de possession...

Nous nous levons toujours à 4h30 du matin et la fatigue se fait sentir de plus en plus sur nos épaules. La chaleur est suffocante et le degré d’humidité est de 100% depuis longtemps. La vision se limite à moins de 2 km la plupart du temps, plus loin c’est blanc. Le Nicaragua est un pays qui nous surprend tous agréablement. Le coût de la vie n’est pas élevé, les gens sont très accueillants et font tout en leur pouvoir pour nous rendre service. Nous passons par les villes de Chinandega, Leon, Santa Rita, Jinotepe puis Rivas. C’est un pays de volcan, donc d’agriculture et les terres près des volcans sont très riches. 

Dans toutes les villes, il y a pratiquement plus de chevaux au trot qu’il n’y a de voitures. Autos, chevaux et camions cohabitent sur la même rue et même si c’est le bordel, les gens ne semblent pas impatients. Les bœufs, tirant leur chariot, font aussi partie intégrante de la route. Les dépassements sont épeurants à voir, mais pour les gens d’ici c’est normal. Certains chevaux tirent un chariot rempli de personnes, c’est leur moyen de transport public. Les chevaux sont majoritairement en bon état, malgré l’énorme travail qu’ils font. La saison des pluies commence en mai et les chevaux en liberté mangent des bouts d’herbe sec; ils sont donc très maigres. Mon cœur se serre en les voyant. 

Les vents se lèvent depuis le Nicaragua et rendent les journées plus difficiles. Nous roulons durant 4 jours, face à des vents très violents qui, combinés aux côtes, transforment de petites journées en journées de fou. Nous attrapons tous le rhume et sommes dans un état de fatigue extrême. A Rivas, près du lac Nicaragua, immense lac qui s’étend à perte de vue (beaucoup plus grand que le lac St-Jean), nous prenons le traversier pour aller à l’île d’Ometepe, la plus grande île du monde, dans une étendue d’eau douce. Cette île a été créée par 2 volcans, Concepcion et Madera joints au milieu par un isthme. Les routes sont en gravier et, par endroits, en mauvais état. L'île est absolument magnifique et peu développée pour les touristes. Mais il y a tant de choses à voir.

Après 20 km pour aller à Altagracia, nous arrivons épuisés et malades. Nous manquons vraiment de sommeil et après le souper, c'est un dodo rapide. Le jour suivant, nous marchons environ ½ h et nous nous reposons le reste de la journée. Nous n'avons même pas le courage d'aller à la plage. Le lendemain, nous nous y rendons, c’est à ½ h de marche. Nous nous baignons dans cette rafraîchissante eau douce et retournons souper, puis nous coucher, car le lever est planifié pour 3h30. De bon matin, nous prenons l’autobus pour aller au volcan Madera, à une vingtaine de kilomètres de là. Après un réveil pénible, suivi d’un magnifique lever de soleil, nous arrivons à Balgue et marchons environ 2 km vers la ferme de Magdalena où le sentier commence pour l'ascension du volcan. Après avoir demandé les services d'un guide, nous suivons un autre groupe de 4 touristes. Finalement, nous passons la journée avec eux: 2 gars d'Espagne, 1 d'Angleterre et une fille du Danemark. Ensemble, une excellente journée s’écoule même si le volcan, haut de 1344 m, se cache sous les nuages, que la visibilité est de 30 pieds seulement et qu’un vent froid nous fait geler, contrairement à ce que nous connaissons habituellement. Nous dînons dans le cratère près du lac que nous entrevoyons à peine, quelquefois... Superbe, malgré tout! La descente est dure sur les genoux, quadriceps et mollets et je suis endolorie durant les jours suivants.
 
 

Singulier retour à Altagracia

Pour retourner à Altagracia, nous devons prendre l’autobus de 17h30. Il n’arrive finalement qu’à 18h30, pour nous amener 3 km plus loin, à Santa Cruz. Nous marchons 3 1/2 km jusqu’à Santo-Domingo, plage magnifique, étendue sur plusieurs kilomètres. Là, nous espérons trouver une occasion. Finalement, rien. Impossible... Alors, nous courons, accompagnés de 5 Nicaraguins. C’est la nuit et c’est dangeureux. Nous arrivons enfin à Altagracia. Deos gracias! 

Cette situation me ramène au moment où, Éric et moi, allions rejoindre " la gang " un soir, à la montagne noire!

Ce soir à Altagracia, nous rejoignons notre groupe seulement à la fin de la fondue. Comme nous sommes déjà en retard depuis la plage noire, les gars marchent encore plus vite et je dois courir pour les rattraper... Deux heures vingt de marche ajoutée à notre visite au volcan, vous pouvez facilement imaginer que nous arrivons épuisés et affamés... 

Le lendemain est encore une fois utilisé pour récupérer et nous allons à une magnifique plage. Je suis endolorie comme je ne l’ai rarement été. Le vélo et la marche, c’est bien différent!
 
 

Le Costa Rica

Bruno et Todd partent le surlendemain et moi, le matin suivant, à 3h30; je les rattrape au Costa Rica. Je passe les douanes seule, le jeudi 30 avril, à 13h50, après quelques confusions de papiers concernant mon vélo. Il me manque une étampe et je dois retourner au Nicaragua, à 5 km, pour enfin revenir à la douane du Costa Rica. Je les rejoints à La Cruz, dans une petite pension. Enfin, l'eau est potable et il y a un bol sur la toilette! Fait très rare depuis le Mexique. Ça me fait drôle de ne pas avoir à payer l'eau et de pouvoir rincer ma brosse à dents! Le lendemain, nous dormons à Libena. Il fait très chaud et humide, la saison des pluies venant de commencer. Nous n'avons toujours pas revu la pluie depuis le 2 mars. Tout au plus de l'asphalte mouillée, un matin. Le Costa Rica est beaucoup plus touristique et le coût de la vie plus élevé aussi. Le trajet est vallonné ou plat jusqu'à Santa Cruz, situé sur une péninsule au nord du Costa Rica.

Puis, le parcours commence à être un peu plus vallonné sans être trop difficile. À part aujourd'hui où elle est en gravier, de Nicoya jusqu'au parc national Barra Honda, la route est assez belle. À ce dernier endroit, nous allons visiter une grotte. Nous devons descendre 20 m en escalade (corde, harnais et tout) pour y accéder. Je vous écris de là en ce moment, à l’entrée, sur une table de pique-nique, à la lueur d'une chandelle. Ici nous attendons un jour ou deux pour commencer la visite de la grotte, afin que le groupe soit plus nombreux et ainsi nous permettre de diminuer les dépenses, le camping ne coûtant que 2$ can. par jour. Il y a plein d'iguanes à cet endroit. Certains arbres sont bien spéciaux, ils prennent des formes ondulées ou entortillées.

Le rhume s'en va, mais je suis encore fatiguée et nous allons relaxer demain. Le support arrière de ma bicyclette est brisé et je dois le réparer. En plus, je dois laver mon linge. Grosse journée en perspective... Ensuite, nous allons à Montezumel, magnifique plage où il y a des chutes à visiter. L'unique problème est qu'il y a environ 70 km en gravier et ce n'est vraiment pas facile, chargée comme je le suis. En plus, les routes ne sont pas belles comme celles du Québec: il faut faire du slalom pour essayer d’éviter les roches et les trous, quand nous le pouvons...; j’étais déjà tombée une première fois à l'île d’Ometepe et aujourd'hui, la même chose se reproduit.

Ensuite, nous prenons le traversier pour Puntarenas et nous nous dirigeons vers Panama; nous avons à décider si nous passons par les montagnes ou par la côte. Cet après-midi, les singes hurlaient près de nous; maintenant, nous n'entendons que les grillons et les oiseaux.

Depuis le Mexique, je remarque que les vélos ne sont pas faits pour ne transporter qu'une seule personne; il y en a pratiquement toujours deux. Généralement, femmes, soeurs, autres garçons, enfants sont assis de côté sur la barre avant ou sur le support arrière. Quelquefois, une personne s’assoit derrière le siège, les deux pieds sur la petite saillie du moyeu. Faut le faire! Certains s'assoient sur les poignées avant. Il n'est pas rare de voir la personne assise sur la barre avant tenir les guidons pour diriger... et la personne sur le siège, ne faire que pédaler. C'est beau à voir! 

Beaucoup de personnes voyagent en vélos: enfants, adolescents, femmes âgées et hommes qui travaillent, portant machette à la main. Je rencontre une jeune fille transportant sa mère sur la barre avant et je vois aussi plusieurs petites filles ou petits garçons véhiculer leur frère et sœur. Au Mexique, un monsieur avait sa femme sur le support arrière, un enfant dans les bras et un autre sur la barre avant. Quatre sur un vélo, pas vu souvent au Québec!!! 

Il y a toujours des chevaux, montés ou libres, un peu partout sur le bord de la route, ainsi que des vaches ou des troupeaux complets déambulant librement. Les automobilistes doivent être prudents, car il n'est pas rare qu'un spécimen décide de traverser malgré tout. À l'occasion, un cadavre de vache ou de cheval orne les bords de la route, ce qui permet aux vautours, à tête rouge ou noire, de se nourrir. Sans compter les chiens et les chats "étampés" sur la route ou dans les fossés. Les odeurs nous rappellent leur tragique destin. Par chance, les arbres et les fleurs viennent émoustiller nos narines de leurs mille parfums différents et envoûtants. 

Dans la plupart des villes, on remarque plus de taxis que d'autos. C'est comme si les rares personnes qui ont la chance d'avoir une auto voulaient les rentabiliser ou en faire profiter les autres... Les routes, en bonne partie, sont en bon état. 
 
 

Le Nicaragua accueillant

Les enfants au Nicaragua sont très souriants, mais très pauvres. Ils demandent de l'argent et continuent de le faire avec leur beau sourire, malgré nos refus. Les familles sont pauvres, mais tellement accueillantes!

A Santa Rita Nicaragua, journée très venteuse; nous nous arrêtons dans ce petit village de 150 habitants, où il n'y a évidemment pas d'hôtel pour dormir. Mirna, une professeure nous invite à demeurer chez elle. Sa maison, au fond d'un petit sentier traversant un barrage et suivant une rivière, est entourée de fleurs et d'arbres à fruits. Tout le secteur est habité par sa famille: trois frères, elle et ses parents.

Elle nous fournit le dîner, le souper et le déjeuner, bien qu'elle soit seule à avoir un emploi permanent, ses trois frères n'ayant pas trouvé de travail en ce pays. La nourriture typique de la région est succulente: bananes frites, jus de maïs, une viande, lait au café etc... Et pour dormir, ils nous installent des plates-formes de bois pour y monter nos tentes. Quel luxe!!!

Ce jour là, les gars se sont baignés. Cependant, moi, suite à mes problèmes de santé reliés aux effets secondaires des comprimés contre la malaria (nausées, vomissements, démangeaisons cutanées et troubles de visions), je ne peux profiter de l’eau. Seule une petite démangeaison persiste.

Malgré tout, nous passons une magnifique journée. Le lendemain, nous décidons de partir plus tard afin de profiter de la présence de ces 15 à 20 personnes chaleureuses et généreuses. Nous nous entendons particulièrement bien, Mirna et moi; peut-être le fait que nous soyons du même âge y est pour quelque chose. Les aux revoirs sont vraiment intenses. Je me sens triste de les quitter et à deux reprises nous nous serrons très fort dans les bras. Je perçois la même tristesse dans les yeux de Mirna et cela me touche beaucoup. J’ai son adresse et je me promets bien de lui rendre une partie de son accueil, d’une façon ou d’une autre. Présentement, ils ne veulent accepter aucun dédommagement. 

Aujourd’hui, lundi le 4 mai, j’ai 8382.3 km à mon crédit. Il fait 35°C et c’est humide. Mon lavage est terminé et je profite de la vie. Je pense en particulier à mon frère Christian pour qui c’est la fête, le 11 mai. Je serai avec lui de tout coeur. Après 31 ans, c’est la première fois que je ne suis pas à ses côtés pour son anniversaire. Bonne fête Christian!

Les iguanes sont partout, un peu comme nos ratons-laveurs. Elles montent sur la table pour manger nos pelures de bananes, quand elles ne sautent pas carrément dans la poubelle pour les attraper. Ce matin, Todd trouve un scorpion dans ses vêtements! Les singes hurlent au loin et les oiseaux gazouillent. À part la chaleur des gens, ici tout contraste avec le Québec. Je profite de ces moments privilégiés et uniques pour penser à vous tous et je réalise comment vous me manquez tous beaucoup. 
 

Amitié, Charlotte ou Julie
 
 

Montezuma, Costa Rica, samedi le 9 mai 1998

Grande nouvelle: 

lundi après-midi, il pleut et pas à peu près!

Une pluie diluvienne durant 2 à 3 heures! Incroyable, la troisième depuis décembre!!....
 
 

Envahissement céleste! 

Des objets venant du ciel tombent sur moi avec force. J’ai peur! Effet curieux, ma sueur habituelle devient rafraîchissante... que se passe-t-il? Pas de temps à perdre, réfugions-nous sous les arbres. Et ce n’est pas assez, courons vite sous l’abri du garde du parc. Sous cette menace, nous nous sentons vulnérables, sans asile et à tous vents. Je viens de saisir: cet envahisseur céleste est la force de la pluie sud-américaine qui s’accumule dans les rues en un clin d’oeil, balayant tout sur son passage, sans le moindre pardon pour les vélomanes de ce monde! L’eau reste présente au sol pendant plus de 24 heures. À la suite de ceci, des milliers de grenouilles traversent les rues...!

Le fait qu’il n’y ait pas eu, ou très rarement, d’insecte piqueur même dans la jungle, me surprend depuis le début. Maintenant je comprends: la saison du Muskol 

( chasse-moustiques ) vient de commencer! Dès le lendemain, maringouins, brûlots et mouches noires sont au rendez-vous! La raison? Les insectes ont besoin d’humidité pour pondre et la dernière saison des pluies date de 1997. On dit que l’absence de pluie était causée par El Nino, encore une fois. C’est hallucinant, comment tout était sec! Les arbres perdaient leurs feuilles, les bourgeons ne pouvaient éclore, il n’y avait plus de verdure, surtout au Costa -Rica. Maintenant, tout reprend vie.
 
 

La grotte de Barra Honda, mardi le 5 mai 1998

Ce matin, nous nous rendons à la grotte de Barra Honda au Costa Rica, nommée Tercéria, je crois. On trouve environ 8 grottes à Barra Honda et seulement 2 sont accessibles au public, dont celle-ci et une deuxième pour les enfants. Les 6 autres grottes sont réservées exclusivement pour les réels spéléologues, supposément extraordinaires... 

Après 1h15 de marche, nous sommes au-dessus de la grotte. Elle est plutôt à la verticale, de 60 à 80m de profondeur, je ne sais plus vraiment, car les explications se donnent en espagnol et comme je dois être concentrée pour tout suivre j’en perds des bouts. Trois guides nous accompagnent. Ils installent des cordes en croix et, du centre, ils suspendent une corde, avec poulie, qui nous permet de descendre avec plus d’assurance. Une échelle est aussi placée pour nous permettre la descente dans le vide. Joe, notre guide principal, y ouvre l’accès. Bruno franchit les 20m qui nous séparent du plancher de la grotte puis, Todd suit et je ferme " la route "!.. Je ne suis pas très brave, mais j’évite de regarder en bas et tout se passe bien. Éric serait fier de moi! 

Cette grotte date de millions d’années. Elle était au niveau de la mer et une faille géologique l’a fait remonter à la surface. Le nombre d’années et l’endroit d’où elle vient expliquent les magnifiques structures que l’on observe. Avec mes trois hommes et toujours à la verticale, je descends au bas de la 1ère chambre puis, nous empruntons l’échelle jusqu’au début de la deuxième. Cette chambre est la plus magnifique. Il y a du corail - datant de l’époque où la mer recouvrait tout -, des stalactites et stalagmites immenses, des colonnes qui partent du plafond pour se rendre au sol. Ces dernières ressemblent vraiment à des tuyaux d’orgue, de là l’origine de leur nom " organ pipes ". C’est extra! Il y a aussi les "  huros fritos ", sur le dessus de petites colonnes qui, avec cette forme, donnent vraiment l’impression d’oeufs au miroir. Des alvéoles s’ajoutent à cela, elles ressemblent à des ruches avec leurs rayons de miel. 

Nous devons traverser des passages étroits, nous pencher, nous contorsionner pour atteindre la fin de la chambre où la grotte s’arrête à cause d’un tremblement de terre qui en a bouché l’accès. De là, nous éteignons les frontales, scrutons l’obscurité, écoutons le silence, parfait. Étant donné la fraîcheur, nous pourrions y rester des heures durant. C’est délicieusement apaisant!

De cette première grotte, nous passons à la deuxième, pleine de stalactites et de stalagmites de toutes les grosseurs, de colonnes, etc... Moins spectaculaire et moins ravissant, ici. Puis, c’est la remontée au haut de la 1ère chambre, et la montée dans l’échelle. Je n’ai pas le temps de me demander si j’ai peur. L’ascenseur ne me laisse aucun espace de manoeuvre ou de pensée, me tirant presque. La première chose que je sais, je suis en haut. Aucune crainte!

Au retour, nous nous arrêtons au centre d’observation "  El mirador ", à une distance de 1 km de la vallée et de l’océan, tout en bas. Cette descente est encore à la verticale durant 1 km. À cet endroit, je répare le support arrière du vélo. Je constate avec plaisir que le pneu avant, changé hier, puisqu’il était tordu et avait une crevaison, tient toujours le coup. Depuis mon départ, 3 pneus avant et 3 arrière sont maintenant devenus chose du passé. J’ai utilisé pas moins de 10 à 12 ensembles à rapiécer... Il fait tellement chaud ici, même le matériel en souffre! 
 
 

Route d’enfer, mercredi le 6 mai 1998 

Le lendemain, mercredi le 6 mai, nous partons pour la ville de Jicaral, à 41 km d’ici. Au bout de 20 km de gravier et d’asphalte, nous nous apercevons que nous nous sommes trompés de direction. Il nous faut rebrousser chemin. Quand, finalement nous prenons le bon chemin, nous traversons 10 km d’asphalte pour aboutir sur un long 12 km de "  garnotte ". Enfin, voici Pavores puis Golfo et finalement Jicaral. Nous avons roulé 80 km au lieu de 40.  Il fait chaud, les maringouins nous mangent et la gravier est loin d’être beau... 

Une bonne nuit de sommeil réparateur, un lever à 5h et voilà les mousquetaires repartis. Après un autre 20 km, mi-gravier et mi-asphalte, nous arrivons à Playa Naranjo. De là, nous prenons une camionnette afin de nous rendre à Paquera. Le camion nous coûte plus que le budget dont nous disposons pour une journée. Pas le temps de discuter, le type attend, nous partons... A la fin de la promenade, je m’aperçois que personne n’était intéressé à payer ce montant. Trop tard. Peut-être avons-nous besoin de repos?

De Paquera, il nous reste 42 km de route. Après 20 km, rendue à Tambor je tombe dans la " garnotte ". La côte est si à pic que je dois la monter à pied car, à vélo, je dérape constamment. Je dois suer durant une demi-heure pour y arriver. Ma vitesse la plus facile ne veut plus embarquer et le frein colle... Je monte à pied une autre côte et, pour les autres, je pousse à mon maximum pour y arriver. Il fait chaud, mais j’ai des frissons tellement je m’épuise. J’ai froid, j’ai la chair de poule et lorsque je rejoins les gars, je dois prendre une longue pause.

Je prends plus de 2h pour les 16 km de gravier qui reste à parcourir, la route étant montagneuse et en très mauvais état. Soudain l’asphalte réapparaît et on nous dit que les 7 km qui nous séparent de Montezuma sont asphaltés. Youppi!!! Fausse joie, ce n’était pas le cas. 

La sacoche arrière touche toujours au support de mon vélo. Je l’ajuste, le support se brise une autre fois, un autre item de fini. Je dois donc descendre l’ultime côte pour Montezuma, 3 km à pied, sur une route affreuse avec pente raide. Je rejoins les garçons, à qui j’explique la raison de mon retard. Nous ne sommes pas à bout de nos peines. Arrivés à Montezuma, pour aller au camping, nous devons marcher sur la plage avec nos vélos sur une distance de 400m. Pousser des vélos dans le sable n’est pas de tout repos. Par chance, le sable est plus solide près de l’eau et nous nous en tirons pas si mal. 

Beaucoup d’efforts! Toutefois le camping est notre consolation. Le voilà! Sur la plage, derrière la ligne de marée haute, nous offrant des arbres pour l’ombre, avec le service d’une table, de l’éclairage, d’une toilette, et le grand luxe d’une douche chaude! C’est toute une insulte à nos corps qui réclament la fraîcheur. Le réservoir d’eau est sur le toit et se fait chauffer " la couenne ". Je n’aurais jamais cru pouvoir raffoler d’une douche froide un jour. Ici, nous aspirons à ce bonheur quotidiennement! J’ai tellement sué aujourd’hui que j’ai plein de sel sur les bras; ça ressemble à du sable collé, mais c’est réellement du sel! Moi qui ne sue pas beaucoup au Québec.
 
 

Cascades de Montezuma, le 7 mai 1998 

Le jour suivant, nous allons aux Cascades de Montezuma. Ces cascades sont composées de 2 chutes, l’une au-dessus de l’autre. La première, haute de 30m est facile d’accès. Par contre, nous devons escalader une paroi pour arriver au dessus de la deuxième, d’une hauteur de 15m qui nous offre une belle vue de la rivière. Ne pouvant trouver le sentier qui conduit à la 2e chute, nous marchons le long de la crête qui longe cette rivière et descendons 1 km plus loin. Après nous être baignés dans le bassin de la 1ère cascade, nous renouvelons ici l’expérience de la baignade, dans une cuvette de la rivière, au milieu de cascades. Pour entrer dans l’eau, je dois faire un saut de 2 mètres. C’est super! 

Ces chutes me ramènent à la " Rivière Cave " au Guatemala... Pour passer dans la dernière chambre, nous devions sauter d’une hauteur de 4m, dans le noir. Seule une frontale pouvait nous indiquer où sauter dans l’eau. Cela a dû me prendre ½ h avant de m’élancer. Je me tiens sur le bord, tenaillée de peur et je recule instinctivement pour retrouver ma sécurité. Tout le groupe ( 17 personnes, je crois ) m’encourage. Et de plus, une des filles vient me rejoindre, ce qui me stimule à sauter. Je le fais en hurlant! Quand j’arrive en bas, tout le monde clame de joie et m’applaudit! Je viens de vaincre une bonne peur... et aujourd’hui, je répéterai cet exploit une 2ème fois!

La dernière grotte devient toute une récompense! Elle mesure 15 x 10m et le guide l’entoure de chandelles. Dans le fond, un amas de boue couvre une paroi et les gens y font des sculptures. Je forme une fleur et Todd, un visage. Tout est si magnifique! La nage est le seul moyen d’accéder à cette grotte, car la caverne est un bassin d’eau profonde. Quel souvenir!
 
 

Retour aux Cascades de Montezuma et chien cocasse

Après la baignade, Todd et moi redescendons par la rivière pour retrouver le dessus de la 2ème chute. Bruno reprend le sentier, car il est en   " gougounes " et l’on sait que ça ne marche pas très bien avec ces sandales. Il y a une petite chute avant d’y arriver et nous devons traverser son bassin de 10m, à la nage, avec le sac à dos au dessus de nos têtes. Sur le chemin de la 1ère chute, un bouvier des Flandres est venu se joindre à nous. Il se baigne avec nous, rapporte les bâtons et nous suit toute la journée. Très gentil chien, n’ayant qu’un seul défaut, il adore Todd et nage sur son dos. Ce dernier passe proche de se noyer lorsqu’il traverse mes souliers de course. Je plonge pour les rattraper et Todd a un mal fou à se rendre au bord avec le chien sur la tête. Je risque de me noyer à mon tour, en passant le sac à dos. Son poids me fait basculer et, conséquemment je prends une bonne gorgée d’eau. Quant à mon sac je ne peux l’empêcher de tremper. Heureusement, Bruno est assez près pour le rattraper. 

Bruno a trouvé le sentier! Il est si abrupt qu’il est à peine visible. Todd et moi devons subséquemment tirer et pousser le chien de notre équipe pour lui permettre d’arriver au sommet en même temps que nous. Ensuite, c’est la baignade au premier bassin, là où l’eau tombe comme un voile! Puis, retour au camping. 
 
 

Bleu sublime de la mer sous la lune

Dans la soirée, nous marchons sur la plage sous une lumière de presque pleine lune qui donne un teint bleuté au sable et aux vagues. Quand la vague est quasi à la verticale, je peux voir les reflets de la lune danser au même rythme qu’elle. Elle se brise et se transforme en mousse qui ressemble à du lait baratté. Les rochers ont l’air de flotter dans un océan lacté. C’est d’une extraordinaire beauté! Les vagues sont fortes et se brisent contre les rochers dans des gerbes d’écume d’eau de plus de 60 pieds. Entre 2 vagues, je peux entendre les singes-hurleurs observés aux cascades; et maintenant, les cigales et les grillons enrichissent le concert. Ce calme apaise et contraste à la fois, avec la force impressionnante de la mer. 

Les trois dernières soirées nous ont offert un spectacle des plus féerique.

La mer peut être tout aussi dangereuse. Elle a surpris un groupe de 3 touristes qui se sont fait entraîner par une vague immense. J’ai vu un des garçons de ce groupe avec lacérations multiples couvrant son corps. Il s’est fait pousser contre les rochers acérés de Montezuma. C’est surprenant de le voir encore bien vivant, suite à un tel traitement. 

Le samedi 8 mai, je passe la journée sur la plage puisqu’il est dangereux de se baigner. Je resterai alors à la merci des vagues, couchée ou assise sur le sable. Chaque vague turquoise vient nous rafraîchir de son eau salée à 28°C. Les palmiers se découpent au loin avec leur admirable silhouette. Tout ce paysage vaut bien la peine que nous nous sommes donnée pour en arriver jusqu’ici.
 
 

Hommage à ceux qui me sont chers

Aujourd’hui, dimanche le 9 mai, c’est la fête des mères. Je pense en particulier à mon extraordinaire mère et à toutes celles que je connais. Vous faites toutes un don extraordinaire à vos enfants: celui de l’amour de la vie. Ce cadeau qui m’a été transmis, me donne le goût de découvrir de nouveaux horizons et de nouvelles cultures. Je ne pourrai jamais remettre tout ce que mes parents ont déjà fait pour moi. Je leur en suis éternellement reconnaissante. La Julie que vous connaissez tous est la résultante de ce que mes parents m’ont aidée à devenir. Ils m’ont donné le goût de dépasser les limites et les frontières d’une vie régulière. Je ne fais que poursuivre leur trace dans la direction indiquée. Ce goût du risque et de l’aventure m’est bien personnel, mais sachez que vous êtes mon carburant et que votre amour et votre confiance me gardent bien vivante: vous êtes ma source de vie!

De plus, j’ai eu la chance de me lier d’amitié à des gens extraordinaires connus au secondaire. Puis, la chance a continué à me sourire grâce aux groupes de plein air que j’ai rencontrés par la suite ( Parc de la Mastigouche, Tour de l’île, Grand tour ), groupes avec lesquels j’ai partagé tant d’heures d’amitié et d’aventures. Si vous saviez, parents, famille et amis, à quel point vous m’accompagnez dans mon voyage! Vous êtes dans mon coeur et dans mes pensées. De vous tous, je tire le courage et la force d’avancer dans les moments les plus difficiles. 

La majorité du voyage est merveilleux, mais certains jours sont plus ardus. Ma santé me cause quelques problèmes. Ma peau ne se porte pas très bien.

Nous avons pris l’autobus de Montezuma pour aller jusqu’au traversier à Paquera. Actuellement, je suis sur le bateau et je vous livre mes états d’âme, inspirée par le vent de la mer. Nous arrivons dans quelques minutes à Puntarenas où nous reprendrons la route asphaltée... J’ai hérité du don de la vie et de la découverte et je trace ces lignes afin que vous puissiez partager avec moi ce que je vis. Les photos m’aideront dans ce sens lors de mon retour, planifié pour décembre 98 au plus tard. Je passerai Noël auprès de vous tous, parents, famille et amis. 

En attendant la suite de mon récit, Luc, Denis et François vous invitent à regarder les photos de mon voyage, sur internet.

Ayant poursuivi notre route de Puntarenas vers Panama, je vous reviens, le 21 juin 1998, après 6 semaines de voyage et d’expériences inoubliables en ce pays de l’Amérique centrale. 

Comme j’avais hâte de vous partager ces événements, j’avais décidé de vous écrire directement sur internet et de donner congé à mon équipe de rédaction. Mais, mystère et perdition...! J’ai dû recourir de nouveau à ces collaborateurs fidèles.
 
 

Équipe de rédaction du Québec

Avant d’aller plus loin, j’exprime ma grande reconnaissance à cette équipe spontanément formée. Je veux vous dire très brièvement qui ils sont et ce qui est leur tâche respective dans le groupe. 

Céline, ma mère, reçoit mon manuscrit, le tape à l’ordinateur, en titre les séquences et fait une première révision. Elle veille aux anglicismes, il n’en faut pas trop!

Cécile, amie de ma mère, s’applique à une dernière révision grammaticale et à la justesse des mots utilisés; attention, il ne faut pas oublier les virgules importantes!

François, un bon ami depuis ma première journée de polyvalente, copie le texte de la disquette apportée par ma mère à son site internet de Beloeil, puis à celui de Luc à Repentigny; ensuite, il vérifie si les noms propres des villes et des pays sont bien dans l’orthographe de l’atlas! 

Luc, un ami du Grand Tour, - circuit cyclable de 7 jours, organisé au Québec une fois l’an - , reçoit le texte sur internet et le transpose sur le site que vous consultez en ce moment, soit le: http://www3.sympatico.ca/lboyer/julie 

Luc est le créateur de ce site si merveilleux; très loin des miens, il ne voulait pas que je sois sans moyen de communiquer rapidement avec eux. 

Puis ... les photos!

Denis, frère de ma grande amie Marie-Hélène et copain dans les scouts, numérise ces photos, les envoie sur une espace-mémoire à l’ordinateur de François qui, après les avoir classifiées et ordonnées, en appose la description et les achemine au site de Luc. Ce dernier installe le tout à l’adresse internet: " Le Trip à Julie ". Ainsi, lorsque vous regardez une photo, vous n’êtes pas chez Denis, ni chez Luc, mais chez François! 

Ayant établi un interlien, les sites de Luc et François sont jumelés et ils partagent leurs mémoires disponibles, vous donnant ainsi le privilège de référer à 138 photos en visionnement rapide et pratique ou en version lente et beaucoup plus claire. À ce site, vous pouvez aussi consulter des cartes géographiques indiquant le trajet poursuivi. 

Comme moi, ne trouvez-vous pas que cette admirable collaboration est géniale!
 

Lettre anecdotique à Luc
 

Bonjour Luc, 

Hier, je t’ai écrit tout mon résumé à l’ordinateur. Après 3½ h de travail, je dois admettre que je suis fière de moi: la composition est bonne, je ne suis pressée par le temps ou les gens derrière moi et j’en oublie même le coût de l’internet. De plus, les apostrophes, les traits d’union et les accents français sont bien placés; avoue qu’ils ne sont pas faciles à trouver sur un clavier espagnol. De beaux paragraphes en plus... Je te dis, tu serais surpris de moi... Les tournures de phrases sont même poétiques et, l’humour s’y entremêlant, tout cela ajoute une fantaisie importante pour l’exposé qui suit. Je suis inspirée quoi!!!.. Puis... je fais sauvegarde. Qu’arrive-t-il? Il y a une erreur et je viens de tout perdre... Je m’empresse d’aller voir le préposé; ensemble nous explorons toutes les avenues pour récupérer le texte et lorsque je réalise qu’il est bel et bien perdu, je ne peux empêcher les larmes de me rouler sur les joues, je suis tellement déçue... Je réalise le malaise du garçon en me voyant si peinée. Je lui explique que je suis à mon 6e et 7e mois de voyage en vélo et qu’après ces 3½ heures de rédaction, je viens de perdre tout mon récit. Plus rien d’écrit, rien! Le pauvre me répète les seuls mots qu’il connaît en anglais: " I’m sorry, I’m sorry! "..., puis, m’explique en espagnol que ce programme contient malheureusement peu de mémoire pour les messages et que si je veux revenir demain, le bureau est ouvert

Une fois à l’hôtel, cela me prend une demi-heure avant de me remettre de ma déception. Puis, je me replonge dans l’écriture et un nouveau texte apparaît. Le lendemain, je retourne à l’internet. Comme ce système est lent ici... Tu ne peut imaginer le temps que l’on doit attendre pour voir apparaître les tableaux choisis. J’écris quatre paragraphes en 45 minutes et, encore une fois, à la sauvegarde tout se perd. Trop frustrée et trop peinée, j’arrête et je t’envoie le tout tel quel, Luc. 
 

Suite du récit

Maintenant, je poursuis... Nous voici donc le dimanche 10 mai, toujours au Costa Rica; nous prenons l’autobus pour nous rendre à Paquera, traverser le golfe de Nicoya et arriver à Puntarenas.
 

Journée bien spéciale, le 11 mai

Oui, le 11 mai est une journée très spéciale pour moi. C’est l’anniversaire de mon frère à qui je pense si souvent. Comme moi, il rêve d’aventures, je le sais. " Cher Christian, tu n’as peut-être pas la même opportunité que moi en ce moment, cependant, tu m’accompagnes tous les jours dans ce merveilleux voyage. Dans le fond, tu me manques terriblement! "

Aujourd’hui, je fais fabriquer un support arrière à ma bicyclette, le précédent ayant rendu l’âme. Ce support en acier sera certainement indestructible, mais il fait bien valoir son poids de 10 lbs. 

Ma bicyclette ainsi étoffée, nous quittons Puntarenas vers les montagnes, en direction de San José, capitale du Costa Rica. L’ascension tranquille commence sous une chaleur cuisante. À Orotina, de gentils voyageurs en auto nous disent que la route pour nous rendre à San José n’est pas conseillée aux cyclistes; elle est trop à pic et en plus la partie après San José passe par le " Cerro Muerte " ou montagne de la mort. Que c’est inspirant... Nous décidons de passer par le chemin de la Côte du Pacifique, route de terre et de chaleur. Encore...

Piètre choix pour nos pauvres corps. Nous réfléchissons et choisissons de prendre l’autobus pour nous rendre à la capitale. Ce qui nous attend s’avère incroyable... La route est tellement abrupte que je ne peux imaginer pouvoir y pédaler un tant soit peu. Impossible! Udo, un cycliste que nous rencontrons plus tard nous confirme ce que je pensais. Il raconte avoir dû pousser son vélo durant 25km, sur cette route horrible. Assommant! Que nous nous félicitons d’avoir évité ce chemin. Par contre, le Cerro Muerte, semble-t-il, en valait largement la peine. Dommage qu’on n’ait pas emprunté ce dernier.

San José est une ville pas très surpeuplée, mais trop polluée. Je dirais même viciée par trop de véhicules qui ne possèdent pas de système antipollution. D’ailleurs, je remarque ce phénomène depuis le Mexique. Au bout de quelques heures, Todd et moi avons la nausée et souffrons de céphalée. Nous retournons à Orotina. 

Le lendemain, mercredi 13 mai, départ pour la côte par les chemins poussiéreux et cahoteux. Nous dînons à la belle Playa Hermoza et couchons à Esterillos, petit paradis terrestre. La plage y est à perte de vue, avec son eau turquoise, ses coquillages et ses coraux à profusion. Un vrai bonheur pour moi, ça me ramène à mes souvenirs d’enfance. Que de plaisir nous prenons, Todd et moi, à marcher sur le sable et à ramasser les coquillages pour aller ensuite nous baigner avec Bruno. 

Un orage et une pluie torrentielle durent toute la nuit. À cette chaleur, croyez-moi, il n’est pas question de double-toit mais, nécessité oblige, nous sortons l’installer! Quelques heures après, nous pataugeons quand même dans l’eau qui dégoutte, s’infiltre partout et s’entremêle à notre sueur effrénée. C’en est assez. Todd et moi déménageons la tente sous un abri, la décapant de son double toit qui n’est, de toute façon, aucunement imperméable. 

Au lever, reprenant notre route, nous passons à Quepos par des routes défoncées. Nous nous rendons jusqu’à Playa Matapalo où nous sommes accueillis par Michel, un Québécois habitant cette région; quelle heureuse surprise! 

En après-midi, à une température de 30° C, je commence à geler. Pas assez en forme pour aller souper. J’ai un polar, un chandail de laine, des pantalons et en plus je m’emmitoufle dans mon sac de couchage qui peut supporter une T° jusqu’à -15°C. 
 

Ne perdez pas courage

Quand les gars reviennent, 2h30 plus tard, je suis en nage sur mon matelas de sol. Je suis tellement brûlante, à quelques pouces seulement de ma peau on sent la chaleur s’irradier. Mes pensées sont confuses et mes pas vacillent lorsque je tente de marcher. Je n’aurais jamais cru possible que la température d’un être humain puisse monter à un tel point... Mes copains s’inquiètent beaucoup de mon état.

Je prends une douche froide afin de faire baisser la température. Pendant toute cette soirée et cette nuit de cauchemars, ayant la diarrhée, je sors de la tente aux 15 à 20min, sous la pluie, pour marcher dans le sable nous couchons à l’orée de la plage et je me fais dévorer par les maringouins. De plus, la tête me fait terriblement souffrir. 

Je sue dans cette tente et je risque de m’effondrer à tout instant.... Comme j’appréhende le pire, j’indique à Todd où sont les nos de téléphone des gens à avertir en cas d’urgence. Il est très inquiet, mais ne bronche pas... 

Après une nuit sans sommeil, je vais à l’hôpital avec Todd. On installe un soluté pour m’hydrater et me nourrir et on me fait un test de selles. Le soir même, ne sachant toujours pas ce qui m’arrive, nous retournons à Playa Matapalo. La nuit se passe un peu mieux pour moi; de plus, nous sommes chez Michel dans une belle chambre confortable. Tout à coup Todd s’écroule devant moi, inconscient... Il reste ainsi pendant 10 minutes... puis, Bruno et moi décidons de l’installer au lit. 

Ce soir là, je rêve d’être à la maison, bien au sec, avec une toilette et entourée de personnes qui prendraient bien soin de moi...

Le lendemain, Todd et moi allons nous baigner et nous rafraîchir enfin. Nous ne sommes pas loin du bord et touchons le fond de la mer. Soudain, une vague nous emporte au large. Je vois Todd se mettre à nager en direction du rivage et je tente de suivre ce surfeur de l’île de Vancouver. Il est toujours hors de ma portée. Au bout de 5 minutes de nage, désespérée, je lui crie, surmontant ainsi le bruit des vagues, " nous n’avançons pas!...., je sais ", me répond-il. Je commence à vraiment réaliser que je n’y arriverai probablement pas et que je mourrai bientôt. J’avale plus d’une tasse d’eau; je crie à l’aide aux gens de la plage. Comme Bruno me sait avec Todd et ne me voit pas, il est si loin de nous, il ne se doute de rien et ne peut donc venir à notre rescousse. Mais, le gardien de plage, il est pourtant plus proche?... Malgré mon cri désespéré, personne ne bouge. Je suis tout près de paniquer quand, enfin, Todd réussit à toucher le fond. Quant à moi, je suis encore trop loin et je continue à nager péniblement vers lui. Il me demande: "  es-tu correcte? - je dois sortir d’ici au plus vite... " fut ma réponse. Il sent mon désespoir et m’encourage à continuer en me tendant le bras. Je nage, ce qui me semble une éternité, avant de pouvoir enfin m’agripper à sa main. Maintenant, où est le fond? Je ne peux le toucher pour me solidifier... oui, voilà j’y arrive! mais une vague m’entraîne une deuxième fois vers le large... C’est alors que Todd, plus grand que moi, me reprend et me tire vers le rivage où je peux toucher suffisamment le fond pour ne plus être emportée. Je mets enfin les pieds bien au sec!! 

Je ne sais comment assez remercier Todd de m’avoir sauvé la vie!!! 
 
 

Rétrospective de la situation

Certains éléments n’ont pas joué en ma faveur. D’abord, le fait d’être malade 
et faible; puis, de nager face à la vague plutôt qu’en 45°, comme il se devrait dans ces conditions, me demande beaucoup trop d’énergie. Par contre, lorsque Todd apparaît, vite je nage en sa direction et, sans le savoir, je prends la vague en angle, ce qui me demande moins d’effort et facilite le glissement sur l’eau. Je réalise que s’il n’avait pas été là, je n’aurais probablement pas survécu.

Depuis ce jour, croyez-moi, je n’ai jamais remis l’orteil à l’eau et cette perspective m’effraie terriblement!

Merci Todd, " legs of steel ". J’espère que vous tous aurez la chance de rencontrer ce charmant personnage...
 
 

La fin? pas pour tout de suite 

Todd a maintenant de plus en plus mal au ventre et à la tête. Le dimanche, nous allons à l’hôpital de Quepos et le docteur pense que c’est une grippe. À notre retour, le mal empire. Toute la soirée et toute la nuit, il ne cesse de vomir. Il souffre tant qu’il ne veut même pas prendre le taxi que je lui propose afin de retourner à l’hôpital. Il se sent incapable de faire le voyage. Au matin de ce 18 mai, n’étant guère mieux moi-même, je me rends à l’hôpital et dois laisser à regret Todd étendu dans la tente; il ne bouge pas d’un pouce et souffre toujours de forte céphalée. 

Après avoir insisté pour qu’on regarde mon dossier, je finis par apprendre que je souffre d’une amibiase ( maladie parasitaire et inflammatoire donnant lieu à des coliques et des diarrhées; cette maladie peut aussi toucher le foie, la rate, les reins et le cerveau ). On me prescrit alors des médicaments qui me remettront sur pieds, je l’espère. Aujourd’hui, ma T° descend progressivement. 

Je reviens à Matapalo et trouve Todd dans la même position et dans un état pire encore. Je prends son pouls, il est à peine perceptible. Je ne lui laisse pas le choix, il devra endurer le voyage jusqu’à Quepos. Il n’offre pas de résistance, mais dit ne plus pouvoir marcher. Que cela ne tienne, il me faut trouver une solution. Quelle chance! Michel retourne au Québec et justement il redéménage à sa maison de Quepos. Le camion arrive 15 min. plus tard, nous embarquons pour une autre visite à l’hôpital; Todd me semble à l’agonie. 

Je dois payer les frais d’examen avant qu’il ne soit vu, mais la réceptionniste n’est même pas là. Alors, je m’empresse de contacter les assurances de Todd. Nerveusement,
je téléphone et la ligne coupe à deux reprises. À un autre téléphone, je rejoins la compagnie d’assurance qui autorise le paiement du coût des soins. En attendant la préposée à l’admission, le gardien de l’urgence me déniche une chaise roulante et j’amène Todd un instant à l’extérieur prendre un peu d’air  frais

Après avoir expliqué la situation au gardien, j’insiste pour que Todd soit vu. J’ai encore suffisamment d’énergie et d’adrénaline pour engueuler les gens en espagnol: " Ici, laisse-t-on mourir les gens, si le paiement des frais n’est pas encore
fait? " Le gardien tend un regard vers le malade et décide de l’aider. Sous la pression et avec le soutien du gardien, une femme monte; j’acquitte les frais et on accepte de faire voir Todd par le médecin. Je lui explique tous les symptômes, Todd ne pouvant le faire lui-même. Il s’ensuit une batterie de tests: formule sanguine, analyse de selles et cardiogramme. Le voyant très souffrant, je ne peux m’empêcher de suggérer qu’on lui donne une injection pour le soulager enfin. Malgré cette aide, l’apaisement ne se produit qu’après la deuxième injection. À partir de ce moment, le sentant moins agonisant, je peux me détendre un peu. 

À 9h15, nous apprenons qu’il fait une infection intestinale. Pour plus de sécurité, nous louons donc une chambre ici, à Quepos et, même avec un antidouleur, Todd passe une nuit difficile et ne retrouve le calme qu’au matin. Dans l’après-midi, il va assez bien pour se permettre de marcher quelques minutes. 
 
 

Le voyage, toute une école de vie

Le voyage forme le caractère, renforce la patience et favorise l’ouverture aux autres. J’avoue que j’apprends beaucoup à son école. J’apprends à l’occasion de la perte de mon récit sur internet, durant les périodes de problèmes multiples lorsque nous roulons sur des routes de terre défoncées mais aussi, et surtout, au moment du drame de la plage et de la maladie de Todd et de la mienne. Toutes ces expériences me sont une formation précieuse dans mon cheminement de vie.

D’autre part, le voyage m’apporte de très beaux cadeaux. Vous souvenez-vous lorsque nous étions en direction de Montezuma, revenant d’une si agréable excursion à la grotte de Barra Honda? Comme j’ai aimé cet endroit! Lorsque je passe des étapes plus éprouvantes, je m’accroche justement à ces beaux souvenirs; ils me sont d’un grand soutien pour mieux traverser les embûches et m’inviter à la persévérance. 
 

Dernières journées au Costa Rica, pas les moindres

Le mercredi 20 mai, troisième journée à Quepos. Bruno attend toujours de nos nouvelles depuis hier... À 5h du matin, je décide donc de laisser Todd seul et de prendre l’autobus pour rejoindre Bruno. Je vais donc m’informer de l’horaire des autobus; ici, on ne peut jamais s’y fier. Je m’entends avec eux pour le prendre à 6h, mais on n’embarque finalement qu’à 7h. Arrivée à Playa Matapalo, je croise Bruno qui vient à notre rencontre, mort d’inquiétude. Il aurait aimé continuer à rouler et nous attendre plus loin, mais il ne pouvait le faire sans d’abord s’informer de notre état de santé. 

Le même après-midi, quelle surprise, voilà que Todd nous arrive disant se sentir assez bien pour voyager un peu. Nous prenons cependant tout l’après-midi pour nous reposer; même ce délai n’est pas suffisant, nous présumions de nos forces. Le lendemain, Bruno, nous sachant mieux, se sent plus à l’aise pour partir seul, il a besoin de bouger et d’avancer. De notre côté, rien à faire, une nécessité de récupération s’impose et nous convenons de le rejoindre par autobus.

Après 8 jours d’arrêt forcé, quel plaisir de reprendre et notre santé et notre route! Le samedi, à Palmar Norte, notre trio se trouve de nouveau réuni. Joyeusement, nous reprenons les pédales et parcourons 77 km pour aller coucher à Cuidad Neily, non loin des frontières du Panama. 

À l’hôtel, nous rencontrons Udo, cycliste d’Allemagne dont je vous ai déjà parlé. C’est un bonhomme de 36 ans, tranquille, agréable à voyager. Son métier? Ingénieur mécanique dans son pays.

J’ai pédalé 8,644 km depuis mon départ.. 

Je suis heureuse de laisser derrière moi tous les souvenirs désagréables des dernières semaines et d’entamer une nouvelle étape. Que d’émotions éprouvantes, d’attentes incontrôlables, de volonté et de persévéranse à déployer pour faire face aux événements insoutenables, et tout cela sans se décourager, ni abandonner. Maintenant, vous comprenez bien pourquoi le Costa Rica m’a formé le caractère et renforcé la patience. 
 

Le Panama, 23 mai 1998

En compagnie de Udo, nous nous apprêtons à traverser le Panama. 

À notre grande surprise, le pays est beaucoup plus montagneux que nous ne l’aurions imaginé. Ce sont de petites montagnes se succédant sans relâche et ne présentant aucun espace plat. Nous avons l’impression d’une modulation continuelle en tous sens. C’est un beau paysage, très reposant à voir. De plus, il fait frais, près de 25° c. Au début, nous trouvons cela froid, car notre corps a déjà pris l’habitude de vivre à plus de 35° c; puis, nous nous sentons confortables, après ces 4 mois de chaleur écrasante. Pour nous combler, une pluie fine vient nous rafraîchir presque tous les matins. C’est le temps idéal pour rouler.

Les gens sont sympathiques et le coût de la vie est bas: un repas peut nous coûter 1.50$ us et le gîte 2.50$ par jour. Une triste américanisation nous prive parfois du décor enchanteur et charmeur de ces irremplaçables coins de pays. On y voit des restaurants Pizza Hut, Burger King, McDonald, des centres commerciaux, des chaînes de magasins et beaucoup, beaucoup d’automobiles. Même la musique américaine fait partie du décor plus souvent qu’à son tour.

Nous voici maintenant à notre première journée à Panama, plus spécifiquement à David, après avoir pédalé 50 km dans un décor enchanteur. Puis, nous entreprenons un long 3 jours dans les petites montagnes où nous ne croisons que quelques villages perdus. Ici, réussir à se procurer de la nourriture est chose rare, aussi, devons-nous réduire notre dépense d’énergie à un strict minimum. 

Nous poursuivons ce rythme régulier et croisons les villes de Santiago, La Chorrera et Panama en 4 jours.

La ville de Panama est une cité aux multiples facettes: les gratte-ciel se dressent au milieu de très vieux quartiers, les riches côtoient les pauvres au quotidien. Toutes les nationalités cohabitent en habits traditionnels: nous retrouvons des Pananéens, des Asiatiques, des Jamaïcains autant que des Indiens.

Le samedi 30 mai, nous empruntons le pont qui enjambe le canal de Panama, appelé le Pont des Amériques. Ce pont est l’unique lien entre l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale et, conséquemment l’Amérique du Nord. Le canal de Panama est aussi l’unique voie navigable reliant l’Océan Atlantique et l’Océan Pacifique.

Une partie de ce canal, soit 9 miles sur une longueur totale de 55 miles, a été creusée à travers la montagne, c’est la section appelée " La couleuvre ", à cause de son mouvement en zig zag à travers le roc. Une merveille de technologie.

Dimanche, 24 mai, nous allons visiter les écluses de Miraflores, 12 km à l’est de Panama. Hier, nous avions observé un cargo et un pétrolier dans les 2 premiers bassins du canal et aujourd’hui, nous sommes très curieux de les voir opérer et avancer dans cette gigantesque voie maritime aux infrastructures sophistiquées. Les bateaux prennent en moyenne 24h pour traverser les trois écluses et le lac Gatun; ce dernier résulte d’un barrage haut de 80m au dessus du niveau de la mer. 

Petite anecdote sur ces géants mécaniques des océans: en 1997, le montant le plus élevé payé pour un bateau de croisière est de 153,662.66$; et, en 1928, un nageur ne paie que 36 cents pour celui qu’il utilise pour la traversée du Pacifique à l’Atlantique. 

Cette étape spéciale nous fait réaliser la très longue route parcourue depuis tant de mois. 

Il nous reste à franchir la dernière partie de ce pays qui porte le nom de Darien Gap. Pour s’y rendre, nous devons emprunter une route de terre au milieu d’une jungle contrôlée par des bandits. En saison de pluie, cette route devient une tourbière de boue pratiquement infranchissable. Darien Gap peut devenir le tombeau des courageux qui essaient de la traverser malgré le danger. 
 

Départ de Todd, legs of steel

Le lundi 1er juin, je vais reconduire Todd à l’aéroport. Il retourne en Colombie Britanique où le travail l’attend. Il partage nos jours depuis le 28 février et, après plus de trois mois en son agréable compagnie, je me sens très étrange de penser qu’il ne sera plus avec moi dans quelques heures. Je regarde l’avion décoller, emportant avec lui Todd, legs of steel. Je suis en larmes... et m’en retourne en autobus, seule, pour la première fois. 

Je m’entendais si bien avec cet extraordinaire garçon avec qui j’ai beaucoup partagé et qui m’a patiemment suivie en vélo durant tout ce temps. Sa présence tranquille, heureuse et rassurante me manque; nos conversations interminables m’ont aussi permis d’améliorer mon anglais énormément. Je m’en ennuie déjà... Cet événement s’enregistre comme un autre inconvénient des voyages, la séparation de bons amis.
 

Préparation pour l’Amérique du Sud 

Bruno et moi passons le reste de la semaine aux achats, à la mise en forme de nos bicyclettes et à la recherche de cartes routières qui s’avèrent presqu’introuvables. 

Nous avons aussi un dilemme à résoudre: quel moyen prendre pour traverser le Darien Gap... avion...? bateau...? L’avion est plus rapide, mais il est aussi plus dispendieux; le bateau l’est moins, mais ce peut être très intéressant de voyager ainsi, puisque, durant la traversée, nous arrêtons à plusieurs îles de l’archipel de San Blas qui compte plus de 365 îles... incroyable! D’autre part, comme c’est souvent le cas en Amérique centrale, les paquebots ne sont pas réguliers, ils peuvent partir le lendemain comme ce peut être seulement dans deux semaines, on ne peut jamais compter sur leur régularité. Quant à moi, puisque je planifie de revenir au Québec pour Noël et qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, le temps devient précieux... 

Enfin, le samedi, nous décidons de partir en avion. Nous descendrons à Cartagena en Colombie. Je suis impatiente de commencer la 2e étape de cette grande et imprévisible aventure qu’est la traversée de l’Amérique du Sud. 

Cette partie sera probablement la plus difficile et la plus belle de tout notre voyage. Nous calculons faire 15 000 km, en majorité dans les montagnes, en incluant un bon 8 000 km de routes non pavées... Il y a une chose certaine, ce sera plus frais dans les montagnes!!! 

Ce dimanche, 7 juin, je me lève pour la dernière fois au Panama. Cet après-midi même, je foulerai le sol de la Colombie, en Amérique du Sud. Après avoir déjeuné au Mc Donald ( 90 cents us pour 3 crêpes ), nous roulons sur la route qui longe la mer. Nous passons alors par Panama Viejo, la première ville à exister en Amérique centrale et datant de plus de 500 ans. De cette ville florissante, il ne reste que des ruines, des murs et des tours. Ces vestiges, à eux seuls, témoignent d’un passé si lointain; mais, en même temps, ce passé semble tellement présent que l’on imagine presque voir les gens y vivre encore. 
 
 
 
 

Rencontre fortuite

Nous arrivons à l’aéroport de Panama Viejo, à 11 h, donc 2 h avant le départ de notre avion. Après l’achat de nos billets, nous voyons arriver un couple roulant en tandem. Je suis heureuse de rencontrer ces cyclistes de Californie, Kent et Ann, dont j’entends parler depuis l’Orégon, en novembre dernier. Ils sont avec nous pour la journée seulement. 

Sans perdre de temps, tous ensemble nous courons vers les poubelles pour y récupérer des boîtes que nous brisons et ajustons à la grandeur et à la forme de nos vélos, déjà mis en pièces détachées. Après ce travail laborieux, nous enregistrons nos bagages, ce qui prend un temps fou! À 12h55, le tout étant terminé, il nous reste à peine quelques minutes pour toutes les autres formalités. L’avantage à toute cette lenteur locale est que les agents n’ont pas le temps de calculer l’excédent de poids de nos bagages: 30 kilos à notre crédit! Tant pis pour eux! Nous courons payer la taxe d’aéroport, passer à l’immigration, à la douane et aux rayons-x et, en entendant le dernier appel de nos noms, nous nous lançons à toute vitesse dans le long corridor menant à l’avion. Nous entrons dans l’avion à 13h03. Qui sait, peut-être un record de vitesse? Sûrement pour ici...

Nous survolons maintenant l’archipel de San Blas au Panama, suivons la Mer des Caraïbes et, enfin, voici la côte de la Colombie!... Nous atterrissons après 55 min de vol. Je mets finalement le pied en Amérique du Sud, après 9 194.93 km de vélo. Je suis excitée comme une enfant!
 
 
 
 

L’AMÉRIQUE DU SUD

Nous remontons nos vélos, les chargeons de tous nos bagages et partons pour le centre-ville, à 15 min. de vélo. 
 

La Colombie

Cartagena est une ville fortifiée; ses murs superbes, ses riches et imposantes églises avec ses édifices multicolores nous attirent beaucoup! 

Les murs de cette ville sont terminés depuis la fin des années 1500 mais, pendant 200 ans, on a dû les reconstruire à plusieurs reprises, à cause des tempêtes destructives et des ravages fréquents des pirates. La nouvelle partie, complètement séparée de la partie fortifiée, est bondée de gratte-ciel et se caractérise par un modernisme surprenant. 

Le 10 juin, après deux jours de visites à Cartagena, nous reprenons la route,
 

En avant vers de " vraies montagnes " du 10 au 18 Juin 1998

Les premiers 500 km sont vallonneux. Nous traversons La Baja, Sincelejo, Sahagun, Planeta Rica et Puerto Valdivia avant de nous attaquer aux vraies montagnes. 

Dans ces régions, l’industrie laitière est très importante. On y traie les vaches directement dans l’enclos ou dans les champs, puis le lait est versé dans de grands contenants de métal et transporté au bord de la route par de pauvres mulets. De là, le cultivateur attend le camion qui passe vers 6h15, pour emporter le précieux liquide aux petites laiteries de la montagne. 

Que les fromages et les yogourts Queso et Quesito sont délicieux!

Leur travail fini, les pauvres mulets sont stationnés au village, à l’ombre, en attendant la traite de l’après-midi, j’imagine...

Le long de la rivière Cauca, encaissée entre deux montagnes, cascades et chutes sont détournées par des conduits qui mènent l’eau jusqu’aux habitations et jusqu’au bord de la route. Parfois, le jet de 50 pieds peut servir de lave-auto. Ces points d’eau se présentent à peu près aux 200m, tout au long de ces montagnes.

Les paysages vallonnés du début et le chemin parcouru le long de la rivière ( 110 km ), sont extraordinairement variés et colorés, grâce à la végétation, aux fleurs et aux fruits multiples: ananas, oranges etc. 

Mardi, le 16 juin, nous nous attaquons à ce qu’on appelle, la montagne. Une " journée de fou ", avec une montée de 2 400m, sur une distance de 59,4 km, en 
8h21 min. Après avoir parcouru à peine 10 km, le câble du dérailleur brise et je dois passer 45 min. à tout changer. Je réalise que la mécanique m’est devenu un second métier!!...

Les trois mousquetaires que nous sommes ne nous suivons pas toujours, mais nous retrouvons à des points de rencontre bien définis à l’avance. 

Après 3 hrs et 18 km de montée, la montagne se veut encore plus raide et je me dois de l’aborder en va-et-vient anguleux; parfois je me retrouve dans une situation où il n’y a aucune possibilité de tourner, tellement la pente est raide. Rien d’autre à faire alors que de follement pousser et tirer sur les pédales pour avancer! 

Plusieurs haltes me sont nécessaires; actuellement, je me repose... en regardant la profondeur des vallées, en ressentant la fraîcheur des chutes et en m’émerveillant des colories orange, pourpre et jaune, et des arbres à fruits.

Des maisons trop petites, ( à peine 6x12 pieds ) avec montants de bois et recouvertes de plastique ornent le paysage. Elle sont à dos de falaise et éloignées du monde. Ce maisons laissent apercevoir des familles dans un état de pauvreté telle que je suis touchée de plein fouet. Rien ne saurait me consoler à cette vue... Et pourtant, les enfants sont souriants et pleins de vie, à mon passage, ils m’encouragent. 

La dernière partie de la route semble ne plus vouloir finir. Chaque tournant dévoile encore plusieurs autres km de montée. Je suis épuisée, les genoux me font souffrir et le dos ne me supporte plus. J’adore les montagnes, mais là, c’en est trop pour moi... Soutenue par l’idée de voir arriver Yarumal, point de rendez-vous avec les gars, je retrouve mon courage. Sous la pluie et grelottante de froid, la T° ayant chuté de 20° depuis ce matin, je dévale les 2 derniers kilomètres. 

Je retrouve Bruno et Udo à un bon souper; par la suite, pas de problème pour m’endormir sous 4 couvertures. 

Deux autres jours de montagne, une brutale descente de 16 km et nous voilà à Medellin, capitale de la drogue, dit-on, d’où j’écris mon journal, actuellement. 

Aujourd’hui, le 21 juin, ce sont les élections en Colombie. À cause des extrémistes, il peut être dangereux de circuler. C’est alors que nous décidons de rester ici et de nous enfermer dans un hôtel. Rien de rassurant, les soldats sont partout, avec fusil à la main et portant casque anti-émeute.

Nous passons 3 jours à Medellin, pour repartir le 22 juin, accompagnés d’Ann et de Kent. Ces deux tourtereaux, de leurs enjambées rapides, s’élancent en avant de nous comme des voltigeurs, prennent les devants, puis nous attendent à leur aise, à une étape suivante. Quant à Udo, toujours discrètement, il est avec nous. 
 
 
 

Après tant de route, quelques bris mécaniques 

Suite à une fine pluie matinale, un soleil resplendissant augure d’une belle journée de montagnes. Que l’air est bon!

Nous nous empressons, le temps de partir est venu. Je prends mon vélo, crevaison... J’installe la dernière chambre à air, 26X1.38, introuvable en ce pays; je la gonfle à sa bonne mesure et voilà, qu’à son tour, ma pompe de bicyclette, épuisée, se meure. Ce n’est décidément pas ma journée. 

Toujours avec notre hâte indéfectible, nous repartons et montons 1 000m sans encombre. Nous sommes tellement heureux! Rendu au sommet, j’entends un grincement, quoi encore? La gaine du câble du dérailleur arrière de ma bicyclette est déchirée. Je la remplace et nous reprenons la route. 

Au sommet de la deuxième montagne, c’est au tour de Bruno d’écoper d’une crevaison. Ça me donne, pour une fois, la chance de le dépasser!!! Dans une descente, un peu plus loin... vlan, une autre crevaison; je perds le contrôle et je tombe. Ce qui redonne à Bruno l’opportunité de prendre les devants!... Quelle heureuse coïncidence! Aurait-il une pompe à air...?

Pendant 400 km, nous descendons sur une chaussée en très mauvais état. Un cahot de trop, mon dernier pneu de rechange se déplace et fait céder un rayon de la roue. La jante de métal ainsi déplacée et dénudée gruge le pneu. C’est la désolation, rien ne va plus. Plus de pneu, plus de pompe, plus de chambre à air et de plus, la roue est affaiblie. En Amérique du Sud, tout ce qui concerne le vélo est très rudimentaire et ne convient pas à nos bicyclettes. Je suis inquiète. Dans une situation difficile comme celle-ci, je pense très fort au Québec. Au magasin " Bicycles Huard Enrg ", endroit que je connais bien à Beloeil, je sais que l’on pourrait m’aider. Comment procéder pour faire venir les morceaux ici? Il faut une solution, le voyage ne peut s’arrêter si bêtement. Les vitesses de mon vélo ne sont plus adéquates pour ces montagnes, elles ne moulinent pas assez et je m’épuise. Par internet, je lance un appel de secours au Québec. Va-t-on pouvoir me répondre?

Avec difficulté, nous réussissons à nous rendre à La Pintada, où je m’endors avec mes problèmes.......... Le jour suivant m’apporte une solution: un " outil spécial " m’aide à consolider temporairement la bicyclette

En attendant, je rêve à Quito en Équateur, à plusieurs km d’ici... Dans cette ville, trouverons-nous quelque chose pour mettre nos vélos en meilleure forme afin de poursuivre notre chemin vers le Pérou, la Bolivie, le Chili, l’Argentine et jusqu’à Ushuaia, à La Terre De Feu, là où prend fin la route des Amériques? 

Il nous reste encore 12 000 km à parcourir, plus que déjà parcouru jusqu’ici!
 
 

Troisième étape du voyage

Bonjour à tout le Québec!!! Je vous salue bien haut du Pérou, (altitude 3 091m.) en ce début d'octobre 1998. C'est très haut perché, me direz-vous pour amorcer la troisième phase de mon récit? La vérité est que vous me manquez et que, spontanément, le besoin d'écrire m'est venu. Malgré la beauté du voyage, je pense à vous qui m'encouragez continuellement. Je songe à ma famille, à mes amis, à ceux qui me suivent sur internet ou dans les journaux, ainsi qu'à tous ceux qui m'écrivent par la poste ou par Courriel. 

Il y aura aussi beaucoup d'inconnus qui liront ces nouvelles lignes. Je les remercie de porter intérêt à ce voyage, fait par une fille du Québec, sûrement téméraire et peut-être un peu folle, mais qui a de grands rêves en train de se réaliser. Cette réalisation ne se fait pourtant pas sans difficulté et quelquefois même, découragement. Mais il ne faut pas plier l'échine; non, plutôt trouver la solution idéale afin de poursuivre le but, avec tout le bon sens que les événements me suggèrent. 

Sachant que je partage cette aventure avec vous tous, je me sens accompagnée et supportée.
 
 

Nous poursuivons... Colombie, rivière Cauca 

Nous quittons donc La Pintada, le 23 juin 1998. Après tous les déboires mécaniques de la veille, ma bicyclette consolidée et restabilisée semble vouloir suivre... 

Nous reprenons la route en suivant de près la rivière Cauca.

De superbes oiseaux blancs à long cou apparaissent par milliers. En survolant de leurs ailes immaculées le vert pénétrant des plantations d'orangers, ils nous laissent subjugués de beauté pendant plusieurs km! J'en oublie tous mes ennuis!

Cet air, rempli de doux mouvements ailés et de cris enchanteurs, me donne l'impression de glisser sur le chemin... Je m'arrête pour prendre quelques photos de ces aigrettes de bonne envergure et cueillir avec plaisir quelques oranges directement de la plantation.

Cette journée sera quand même longue et, pour faire changement, devinez? Une crevaison! 

Il nous faut arriver avant la noirceur... Et pour que cela soit possible, Bruno me pousse dans un chemin de côtes pendant plusieurs km; il me presse le dos d'une main, tout en pédalant et tenant son guidon de l'autre. Imaginez la force de poids qu'il doit déployer pour deux personnes et deux vélos chargés! Comme il y a une limite à l'effort de Bruno, je dois ensuite poursuivre seule, entre chien et loup et sous la pluie, en compagnie des éclairs et du tonnerre. 

Soudain, surprise plus qu'inattendue, un camion de pompiers s'arrête et Kent en sort, venant m'annoncer du secours puis, il disparaît. Je roule encore pour monter une dernière grande côte et, arrivée à la ville, dans le noir, tel qu'entendu, j'attends les pompiers qui m'ouvriront la voie. Les voilà et, à travers les rues, ils me dirigent jusqu'à la compagnie de Chinchina.

Après plus de 8h en selle, je viens de franchir le cap des 10 000km!

Quel accueil de ces pompiers! Ces gentils bomberos, les bras grand ouverts, nous entourent tous Kent, Ann, Udo et Bruno, qui se trouvent déjà sur place, et moi; nous, les aventuriers qui nous dirigeons vers La Terre de Feu. Nous couchons dans la salle de conférences et les pompiers, comble de gentillesse, nous montent un réfrigérateur rempli de Coke et d'eau froide.
 
 

Gracieuseté du commandant de la Cie de Chinchina

Le lendemain, en compagnie du commandant et avec le véhicule tout terrain de la compagnie, nous dévalons vers la rivière en contrebas. En 1985, l'éruption du volcan Nevädo del Ruiz à emporté tout un village dans cette rivière, tuant ainsi 1 000 habitants. Il m'est difficile de concevoir qu'un village fut ainsi englouti complètement. 

Le 13 novembre 1985, ce Nevädo del Ruiz a toussoté, faisant fondre 10% de sa calotte glacière qui reposait en son cône et formant ainsi une marée de boue qui s'est révélée encore plus dévastatrice à Armero, à 50 km, qu'ici à Chinchina, tuant cette fois 20 000 des 23 000 habitants. La marée noire avait atteint 40m de hauteur quand elle a englouti la ville, à 23h, enlevant la vie à tous les gens endormis. 

Nous visitons ensuite la fabrique des " Cafés de Colombie ". Privilège rare, dit-on, et ce, grâce encore à l'appui de notre commandant. De plus, nous avons l'opportunité d'observer toute la technique de préparation du café instantané, de l'arrivée du grain à l'empaquetage. À la fin, nous le dégustons tranquillement... en café régulier, puis en lait frappé, yum yum....! 

Cette région est propice à la culture du café justement parce que le sol est enrichi de cendres volcaniques. Je ne peux m'empêcher de penser à ces milliers de gens qui ont dû payer le gros prix pour bénéficier de ce bon café. 

Le jour suivant, le 24 juin, je quitte à regret les généreux "bomberos" de Chinchina. Ils nous ont accueillis avec tant de sollicitude que nous nous sentions comme des membres de leur famille! 

Et le 25, il fait horriblement chaud. Cette fois, la gaine du dérailleur avant de ma bicyclette se brise... Décidément, je ne pourrai continuer le voyage ainsi. J'aurais avantage à avoir une nouvelle roue-libre à l'arrière qui serait plus efficace et diminuerait ainsi l'effort pour mes genoux, des pédaliers à trois plateaux avant, deux meilleurs pneus supplémentaires et deux chambres à air plus résistantes. Rien de tout cela n'existe en Amérique du Sud. J'aurais aussi besoin de nouveaux gants, d'une nouvelle pompe-caoutchouc et de fixations qui relient les souliers aux pédales. Ah la, la! Que de choses! 

Internet ne fonctionne pas aujourd'hui, impossible de communiquer avec mes amis du Québec afin d'obtenir des pièces qui s'avèrent indispensables; malheur additionnel, je me fais voler mon cher Ior.
 
 

Mon besoin de présences bienveillantes 

Pour converser et me consoler dans les journées longues et difficiles, je redeviens la petite fille que j'étais autrefois, je retrouve mon enfant magique avec mes amis fidèles! 

Voilà, depuis mon départ du Québec, je ne voyage vraiment pas seule: je profite de la compagnie d'Emmy, ma girafe; de Pilou, mon cheval; et, en plus, depuis Panama, de Tiger, mon tigre et Ior, le petit âne que Todd m'a offert. Ces petits toutous de peluche sont des personnages de Winnie l'Ourson ( Winnie The Pooh ) et je les garde précieusement ensemble, entre mes guidons. Ils sont des amis indispensables à ma survie, un support moral contiuel, beau temps ou mauvais temps, jour après jour, kilomètre après kilomètre.

Tous les enfants sont émerveillés devant ces toutous. Je dois leur expliquer le sens qu'ils ont pour moi... ils sourient et comprennent tout. Je partage ainsi une belle complicité avec eux!

Le lendemain est beaucoup mieux, je fais la conquête de nouveaux amis. Tout au long de ma route il y a presque toujours un cycliste, motocycliste ou automobiliste qui roulent à mes côtés, me faisant un brin de jasette. Les questions reviennent et reviennent: 

-D'où viens-tu?

-Depuis combien de temps es-tu sur la route?

-Combien de kilomètres fais-tu par jour?

-Combien de crevaisons?

-Combien de changements de pneus?

-À quelle vitesse roules-tu, en moyenne?

-Voyages-tu seule?

-As-tu peur?

-À combien d'heures te limites-tu par jour?

-Es-tu payée pour voyager ou as-tu des commanditaires?

-Pourquoi fais-tu cela, quel est ton but?

A tous les gens qui s'intéressent à mon périple, je leur répète inlassablement: " Je poursuis un grand rêve d'enfance, celui d'aller jusqu'à la Terre de Feu, en vélo." Ils n'en croient ni leurs oreilles, ni leurs yeux! Et avec une grande bienveillance, ils me quittent en me disant: " Que Dieu t'accompagne "

Ce soir du 26 juin, de la ville de Tulua, je lance un deuxième appel par internet à ma mère Céline pour qu'elle m'envoie les pièces essentielles à la continuation de mon voyage. Avec l'aide de Pierre-André, de Bicycle Huard Enrg, à Beloeil, une personne que je sais sympatique à ma cause, je suis sûre que ma mère pourra faire quelque chose. Je me demande si cela peut m'être posté à Quito en Équateur, je serai là vers le 5 juillet 1998, ou à Cuzco au Pérou vers le 1er août.
 
 

Attention à la guérilla

Ici en Colombie, à cause de la guérilla, on nous a dit d'être bien vigilants. Le matin du 29, le lever est à 5h30 afin de franchir les 75 km de montagnes qui nous attendent. À 7h30, après la ville de Santader, nous nous rendons compte que tous les véhicules sont arrêtés au bord de la route. 

On nous explique que le chemin est bloqué par un poids lourd immobilisé au travers de la voie. Les guérilleros avaient tiré dans les pneus. Nous attendons en discutant avec les gens qui, gaiement, prennent un peu d'air et de soleil. Ils semblent habitués à ces délais et attendent patiemment la suite des événements. Sans tarder, un camion de l'armée passe ayant à son bord plusieurs soldats. Un char d'assaut suit... J'avoue que je suis très impressionnée. 

Plus tard nous vient l'information de la réouverture de la route. Bruno, Udo et moi (Kent et Ann ont une journée d'avance) enfourchons nos vélos et je pars en tête en dépassant les véhicules qui circulent lentement. Ma balade est interrompue subitement par non moins qu'un crépitement de balles de mitraillettes et de tac à tac à tac, boum, tac à tac à tac, boum, venant d'une arme plus lourde.

Un homme crie: " Couchez-vous! " En moins de deux, je me retrouve à côté de cet homme et je vois d'autres personnes courir et se mettre à l'abri là où ils le peuvent. L'échange de coup de feu est tout près de nous mais ne dure que quelques minutes... Puis, c'est le calme qui revient. Le coeur me bat la chamade et diverses pensées me traversent l'esprit: " Suis-je en sécurité? S'il passait une balle perdue? Est-ce ma dernière journée? " Le silence pesant n'est troublé que par ma respiration précipitée... Et les gens sortent tranquillement de leur cachette...

D'un commun accord, nous décidons alors de chercher une occasion pour atteindre Popayan, à 62 km plus loin, dans les montagnes. Je me faufile en m'éloignant des gars et je déniche une camionnette. Le chauffeur accepte ma proposition. Je m'assieds sur le rebord de la boîte extérieure et nous partons. Nous remontons la filée de voitures, croisons les véhicules de l'armée pour rejoindre mes compagnons et nos bicyclettes. Je me dis qu'enfin tout est fini! 

Soudain, juste derrière moi, commence un échange de coups de feu. À la vitesse de l'éclair je me jette à plat ventre au fond de la boîte. J'ai encore très peur des balles perdues et cette fois c'est beaucoup trop proche... Je ne sais plus que faire. Quelques mètres plus loin, près de nos bicyclettes, le chauffeur s'arrête... Je risque un oeil par-dessus le rebord de la camionnette et à la vitesse d'une flèche, je me retrouve dissimulée derrière un pneu d'autobus!!! 

Udo, se trouvant près des vélos, se demandait vraiment pourquoi cette camionnette s'arrêtait devant lui... Quand, subitement, semblant venir d'une boîte à surprise, lui apparaît une binette terrorisée qui se volatilise aussitôt!... Il réalise que cette cocasse apparition, sortant de nulle part, disparaissant à la vitesse d'un coureur de 100 mètres, à rendre jaloux Donavan Bailey, est bel et bien sa Julie nationale terrorisée. À leur tour, Bruno, Udo, le chauffeur et son passager se camouflent rapidement derrière un camion. 

Derrière mon pneu, je ne peux que rire de nervosité, je suis totalement impuissante. Je ne peux bouger de mon " protecteur-pneu ", seulement rire et observer les gens dans leur diverses et singulières cachettes. Un père et son fils sont assis sur un tronc d'arbre et ne bougent pas d'un seul poil malgré le danger; je suis terrorisée! Mais, au bout d'un temps qui me semble une éternité, probablement 5 à 10 minutes, le calme revient, quoiqu'altéré de quelques coups de feu occasionnels...

Je profite de cette trêve pour rejoindre les autres et nous attendons patiemment afin d'être sûrs de sortir sans danger. Chacun de nous vous raconterait l'épisode de la guérilla à sa façon, car personne ne l'a vue ou ressentie de la même manière, n'étant pas nécessairement aux mêmes endroits. 

Ces événements me laissent un grand traumatisme tout en m'enrichissant d'une belle anecdote à raconter à mes futurs enfants... 

Pour sortir de cet embouteillage monstre, il nous faudra encore 1h30; néanmoins, nous arrivons sains et saufs à Popayan, où nous retrouvons Kent et Ann tout paisibles. 

Le lendemain, 30 juin, est une journée venteuse et difficile. C'est la montagne russe du fond où se trouve les rivières jusqu'au sommet, pour recommencer ensuite à l'infini. Et quelle splendeur à notre vue...! 

Nous rencontrons un cycliste, Léo, qui se dirige vers le Brésil ( 150 km par jour ) et un couple de Français allant vers le nord. Malgré le vent, c'est une de mes plus belles journées de vélo: montées et descentes sublimes, sur un pavement parfait. Notre dernière descente serpente à travers la vallée, aussi doucement que le soleil est bon et me fait particulièrement apprécier la vie. 

La journée suivante est beaucoup plus difficile, presque toute en montée sous une chaleur suffoquante! Udo et moi passons une bonne partie à suer ensemble, à donner toute l'énergie dont nous disposons pour lutter contre les côtes, la chaleur insupportable et le vent furieux. Dans un passage très restreint, entre deux falaises, je dois même marcher pour contrer le vent qui me pousse vers l'arrière. À tous les coins d'ombre rare et à tous les 100m d'altitude, nous nous arrêtons afin de nous permettre de récupérer, de nous hydrater et nous encourager. 

Udo est un garçon tranquille, simple et souriant, d'une présence rassurante. Il ne parle pas beaucoup et j'apprécie son sens de l'humour. J'aime bien ce grand copain de route. A un certain endroit, nous nous adossons à une paroi, dans le pied d'ombre disponible et nous relaxons... Un camion gravit lentement la pente, le chauffeur nous voit, nous salue et nous lance 4 oranges sur la chaussée. C'est un cadeau du ciel; à cette chaleur nous les savourons doublement, quel délice!!! Dans les montagnes, les gens sont particulièrement compatissants et très compréhensifs des difficultés auxquelles nous avons à faire face.

Les prochains jours sont toujours dans les hautes montagnes et nous gravissons 1500 à 2 000m pratiquement tous les jours, pour en redescendre presqu'autant. Il y a souvent des cols à plus de 30 000 mètres! Les paysages nous émerveillent continuellement, autant par les cascades, les falaises, les végétations variées, que par les arbres fleuris aux couleurs inimaginables: mauve, orange, rouge et jaune, toutes ces teintes sont davantage ravivées et soutenues par le vert des prés environnants! Et que dire des magnifiques chèvres, intriguées de notre présence et qui nous apparaissent soudain sur un rocher? Elles surgissent de nulle part! 

Mais quelle chaleur insupportable, 35 à 40° C... dans les côtes...! Vive la fraîcheur du Québec!!!

Après la ville de Pasto, nous nous arrêtons à Ipiales où nous allons visiter l'étonnante église de Las Lajas. Une église de la splendeur d'une cathédrale, construite dans un canyon, à flanc de falaise, où la Vierge Marie fait son apparition à chaque année. On dirait de la fragile dentelle blanche, déposée sur de solides pierres de taille d'un gris marqué. Cette église est tellement belle et surprenante dans son emplacement naturel que nous y allons tous; même notre Thomas d'Allemagne! 
 
 

L'Équateur

Ce même après-midi du 5 juillet 1998, nous passons la frontière de l'Équateur sous une température de 15°C. Quel contraste et quel ravissement! 

L'Équateur ressemble ici au Mexique et au Guatemala: avec ses marchés dans les rues, ses kiosques de patates frites, " hot-dogs " etc... 

Heureusement, 2 jours plus tard, nous atteignons Otavalo, ville reconnue mondialement pour son marché d'artisanat. Comme ce n'est pas la journée du marché, nous passons tout droit. Trois jours plus tard, Bruno, Udo et moi y revenons; je me paie le luxe d'un magnifique chandail de laine de lama, tricoté à la main, pour 12$ canadiens...! Le marché est impressionnant avec ses couleurs et son exotisme, mais un peu trop touristique à mon goût.

Je me sens très bien avec les gens du pays et j'aime beaucoup leurs manières. J'ai perdu le goût de vivre en touriste, je préfère de beaucoup m'intégrer à eux. Que de choses il y a à apprendre à leur contact tout empreint de chaleur, de simplicité et de joie de vivre!

Le 8 juillet est une grande journée. Je traverse l'équateur, latitude 0!... La moitié du monde!!! Je suis alors dans une descente rapide et j'ai à peine le temps de le réaliser: une ligne blanche, avec l'inscription " latitude 0 " peinte sur la chaussée et à moitié effacée, nous souligne trop discrètement l'importance de l'endroit ( pour nous, touristes nord-américains )! C'est un sentiment inoubliable, surtout que j'ai passé ce point, à vélo, après 10 967 Km !!! 

Nous arrivons à Quito le 9 juillet et nous nous rendons à l'hôtel " El Centro de Mundo " ( Le Centre du Monde ) où j'ai la surprise de rencontrer le propriétaire lui-même. En lui demandant le prix de la chambre, je l'entends me donner l'information en français!!? Je réalise que c'est un Québécois pure-laine. Son nom...? Pierre Poulin. Peut-on entendre consonnance plus québécoise!!? 

Je passe beaucoup de temps à son hôtel, chambre ou dortoir. J'ai un plaisir fou avec lui. J'ai même dégusté un pâté chinois! Que c'est bon de parler québécois avec une personne d'ici! Que c'est sécurisant de communiquer sans barrière de langue! 

Ici, nous attendons les pièces de vélo qui doivent arriver le 16 juillet et ce, grâce au travail acharné de ma mère, de François et de Pierre-André! Un mois après la débandade mécanique, comme c'est soulageant de penser que ces problèmes se régleront bientôt! 

Nous nous devons d'avoir une adresse et un numéro de téléphone pour que l'aéroport nous contacte à l'arrivée des pièces, c'est une condition exigée par les transports aériens. Les gars ayant aussi fait venir des pièces, tous ensemble nous bénéficions du séjour ici pour attendre l'avion qui nous apporte nos si précieux morceaux!

Quand vient le moment de réclamer mon paquet à l'aéroport, il semble y avoir une erreur dans l'évaluation de la valeur du contenu. La mauvaise humeur me gagne et je renonce avec toute la peine du monde au paquet. Je vais voir un monsieur qui semble un responsable, lui raconte tout ce que j'ai fait à vélo pour venir jusqu'à ce pays. Il se montre très sympathique et fier de ce que je fais et il me soutient en me procurant une permission spéciale. Le fait que ce soit un colis personnel, et pour d'autres raisons que je n'arrive pas à déchiffrer, je réussis à réclamer mon dû au prix abordable de 80 000 sucres, soit 25$ canadiens. Tout est bien qui finit bien, encore une fois!Merci à cette personne bienveillante!
 
 

Mont Chimborazo

Je rencontre un autre Allemand du nom de Mark. Tout intéressé, il me suggère d'escalader le mont Chimborazo, le plus haut sommet de l'Équateur, un volcan de 6 310 mètres.

Cette idée folle s'était déjà pointée en moi. Il s'en faut de peu pour que je mette le projet en branle. Le 19 juillet, c'est le départ avec Bruno, Kent et un autre couple cycliste d'Australie, Micheal et Sarah. Mark ne peut se joindre à nous. 

Ce soir-là, je couche à 5 000m d'altitude, après une marche de 45 minutes à manquer d'oxygène. À cette altitude, toute activité normale est un défi: marcher, monter les escaliers, cuisiner, manger et atteindre le 2° étage du lit, tout cela demande un effort extrême. Une fois Bruno doit me pousser pour que je puisse atteindre mon lit... Je me retrouve en haut, haltelante, et ce cher Bruno, en bas, appuyé sur le mur, essaie de reprendre son propre souffle...

Cette difficulté respiratoire vient de l'altitude. Nous avons d'abord monté 4 800m en camionnette, puis 4 800 à 5 000m à pieds. Les derniers 2 000m ont été plus épuisants à gravir que le mont Giant dans les Adirondaks! J'ai mal à la tête et suis essoufflée au moindre effort, comme si chaque mouvement était un "sprint". Un autre symptôme du mal d'altitude est l'incapacité de dormir, ce qui n'aide en rien. Dehors, le vent fait rage et il n'y a pas de chauffage, donc nous gelons. Avec le facteur vent, la température doit être de -30°C à -40°C. 

Le lendemanin, 20 juillet, nous ne faisons rien, seulement rien...Juste nous acclimater au froid, à l'altitude et essayer de respirer plus aisément. Je commence à me sentir mieux, le mal de tête diminue... Je m'endure.

À minuit, c'est la grande aventure. Encordés, piolet en main et crampons aux pieds, nous partons! Je me sens à l'aise dans cet univers, que l'hiver me semble bon. Quel sentiment d'euphorie!

Nous commençons la " vraie partie ", sous ce vent très fort qui menace de nous faire tomber et nous fouette le visage de neige, de morceaux de glace et parfois de roches. Par bouts, nous nous trouvons à l'abri du vent et nous pouvons enfin regarder devant. Nous tentons alors de nous parler, c'est-à-dire de hurler et, rien n'y fait, nous n'entendons pas une seule parole. Nous sommes restreints de communiquer par gestes, à travers vent et efforts. Si l'un de nous tend la corde, les autres doivent comprendre qu'il y a passage difficile ou risqué et qu'il est temps de nous assurer d'un endroit plus sécuritaire. Je suis avec Kent et Bruno à une corde, Sarah et Micheal sont à l'autre et nous suivons les autres de plus loin... 

Le degré d'inclinaison est aigu, il peut atteindre les 70° à certains endroits et nous devons marcher en transversale, lentement et péniblement. Je touche même la pente de ma main et, pour ne pas tomber ou partir au vent, je dois avancer et monter peu à peu avec extrême prudence. Nous nous engageons dans un passage de 4 mètres, sous une corniche, avec une paroi à côté; ne pas tomber est le mot d'ordre! 

Toute cette escalade est loin d'être facile à cause de l'inclinaison et des conditions atmosphériques! On nous avait dit que ce n'était qu'une balade et que seule l'altitude nous incommoderait!... 

Malgré tous les inconvénients, je n'ai plus mal à la tête, je ne souffre plus de l'altitude, le vertige ne me menace pas trop et je me sens en pleine forme! Oui, en pleine forme! Je savoure chaque seconde de cette extravagante randonnée. Je suis au septième ciel. Je me demande si le sourire m'a déjà quitté? Peut-être, mais jamais de mon coeur. Je me sens si bien dans cet élément, ça me passionne plus que tout ! 

Le temps empire, il s'adoucit et nous sommes au pied d'un immense glacier en surplomb et le vent nous cingle toujours de ses débris. Il ne nous reste que 15 mètres pour atteindre la corniche où le degré de pente devient plus abordable et où le pire est déjà fait. 

À ce réchauffement... danger d'avalanche...! 

S'il y a un moment où le sourire me quitte, c'est sûrement là... Après 4h30 de marche, donc à 4h30 du matin, nous décidons de rebrousser chemin. Il nous faut renoncer, si nous voulons revenir en vie. Mais à quel regret! 

La descente n'est pas facile car c'est " à pic " et à certains endroits la croûte cède sous nos pieds. Avec ce vent déséquilibrant, nous sommes continuellement menacés de tomber. Il faut travailler pour garder notre équilibre et, à tous les arrêts, je tourne le dos au vent pour mieux respirer et reposer ma peau blessée. Un des derniers bouts est si glacé que nous devons faire le relai pour sécuriser notre chemin et garder nos forces.

Nous voyons le lever du soleil dans la descente et c'est divin... Différentes couleurs s'éveillent à ce nouveau jour: le rose se mêle au bleu, au rouge, à l'orangé et contraste avec le blanc, le gris et le vert des montagnes. Je peux éteindre ma frontale et nous arrivons au refuge à 5 000m, épuisés mais tellement heureux de cette trépidante nuit!

Je me revois encore inclinée sur la pente, cachant mon visage aux intempéries et essayant de parler à Kent, à un mètre de moi, pour décider s'il est mieux de prendre un autre chemin. Le bruit infernal couvre nos mots et le vent nous bat de ses débris... Il n'y a pas d'autre porte de sortie, nous devons rebrousser chemin! 

Nous sommes allés au bout de nos rêves, de la possibilité de nous dépasser dans des conditions extrêmes. Nous nous sommes rendus à 5 700m et le plus difficile était pourtant franchi. A cause du vent, personne n'a fait le sommet.

Le mal de tête me reprend, mais chacun de mes pas est un trésor à ma vie. Et quelle belle vie...!
 
 

De retour à Quito, adieu à mes amis...

De retour à Quito, je prends la grande décision de rouler en solitaire et de laisser partir Bruno, Udo, Kent et Ann. Je préfère continuer seule, car je sais que je ralentis le rythme de Bruno et Udo, mes deux fidèles compagnons... Ils ont toujours à m'attendre et je ne me permets pas de faire les arrêts dont j'ai absolument besoin. Je me vivrai mieux ainsi et éviterai de cette façon ce stress qui m'est difficile à supporter. Quant à eux, ils pourront cheminer à leur propre vitesse. 

De toute façon, pour moi, l'habitude est déjà prise; je suis souvent à l'arrière. J'ai roulé avec Todd, un peu avec George et aussi avec Bruno; mais, pour la majorité du chemin, je l'ai fait seule avec mes pensées, les merveilleux paysages et bien sûr Emmy, Pilou et Ior. 

À l'hôtel " El Centro del Mundo, je revois Mark et rencontre Albert, un Espagnol. Tous les deux parlent français. Je passe quelques jours en leur compagnie nous arpentons la ville, en particulier le superbe vieux Quito, et jasons de la vie, de nos pays respectifs et de voyages... Ce sont des journées comme celles de mon adolescence où nous discutons, flânons sans but, sans responsabilité, seulement pour le plaisir de vivre et de respirer l'air de cet autre pays.
 
 

Accident à Riobamba - hasard à Guayaguil - intrigue à la frontière du Pérou

Puis, c'est le départ en direction de Riobamba. Après 38 km, un automobiliste décide que c'est assez, que je mérite un autre repos. En fait, une auto sort d'une entrée, me coupe la voie et, comme il m'est impossible de l'éviter, c'est la collision. Je me retrouve de l'autre côté de la voiture, toute tremblante de peur. En regardant mon vélo, je réalise que la roue avant est tordue. L'auto file à toute allure me laissant seule avec mon désarroi et ma déception; je pleure à chaudes larmes. Heureusement, je suis saine et sauve, seulement quelques raideurs musculaires au cou et au dos.

Un autobus s'arrête, le chauffeur prend toutes mes choses et, en moins de deux, m'amène à Riobamba! À mon arrivée, je constate que ma bicyclette semble finalement en assez bonne condition. La roue avant a absorbé le choc: il manque 4 rayons et la jante est fracturée, mais le moyeu est indemne. Je passe quelque temps à Riobamba avec ma bicyclette handicapée, pour réaliser que, dans cette ville, il est impossible de trouver une roue à 36 rayons. 

Je reprends à regret l'autobus pour me rendre à Guayaquil. Dès le début du voyage, je nous regarde descendre la belle pente de 3 000m, celle que je viens de monter bravement, et je réalise ma déception intense de ne pouvoir apprécier l'euphorie de cette descente à vélo. 

À Guayaquil, je cherche désespérément une jante. Par pure coïncidence et à un prix raisonnable, j'en découvre une chez un entraîneur de vélo. Ce dernier assemble la roue, change le pédalier, ajuste le vélo et je suis prête à continuer le voyage! La région de Guayapil est très dangereuse et, sur les conseils répétés des gens, je me résigne à continuer en autobus jusqu'à la frontière du Pérou, à Huaquillas, où je m'arrête pour la nuit. 

Avant de sortir de l'Équateur, je veux changer mes sucres en sols ( argent du Pérou ). Le changeur à qui je m'adresse, avec sa calculatrice et sous mes yeux, fait l'opération nécessaire en utilisant supposément le taux de change en vigueur. Il me semble que je devrais avoir plus de sols et que son taux de change n'est pas intéressant... Il recalcule et l'addition donne un autre montant. D'autres changeurs interviennent et encore là tous leurs montants sont différents...? Réalisant que toutes les calculatrices sont truquées... je crie de me remettre tout mon argent, ce que le premier changeur fait finalement mais bien à regret... Je quitte, mais ils me suivent et dépassent la frontière avec moi. Plus le temps passe, plus le groupe s'agrandit. Là, je leur hurle que je n'ai pas besoin d'aide et leur somme de s'en aller. Mais rien n'y fait. Finalement, un homme compatissant m'indique une banque, m'y dirige et demande au gardien armé de me débarrasser des intrus. 

Avec l'arme pointée en sa direction, le groupe se disperse rapidement. Je procède à échange et obtiens 90 sols au lieu de 50!! J'attends un peu...et " prends les jambes à mon vélo ". Je me rends à Tumbes où l'on me redit que la partie de Piura est très dangereuse. De nouveau et à regret, je remonte dans l'autobus, ne voulant prendre aucune chance pour ma sécurité. En plus, la route de Piura est en piètre état, ayant été détruite par El Nino 98. Presqu'aucun pont n'a survécu. 
 
 

Nouvelle vision

En étant seule, mon optique de voyage a changé. Ma sécurité doit passer avant tout, si je veux me rendre à la Terre de Feu en un morceau. Alors, je ferai tout pour l'assurer. Aussi, à Piura, je couche à un hôtel, dans une chambre qui dépasse mes moyens financiers, mais c'est l'endroit le moins dispendieux que je peux trouver. 

Pour continuer, je traverse 200 km de désert. Pas la moindre végétation, rien que le vent et le sable et j'arrive à Chiclayo. Ici aussi, les hôtels sont très coûteux. Dans un éclair de génie, je pense aux pompiers, à mes généreux " bomberos ".

Depuis que je voyage en solitaire, je trouve les soirées bien longues, me confinant plutôt à ma chambre par mesure de sécurité. Mais les pompiers de Chiclayo changeront mon voyage et ma vie. Quelques cyclistes m'avaient parlé de leur accueil chaleureux, mais aussi de la difficulté pour moi d'y loger, du fait qu'il n'y ait pas de femme de garde. 

Mais, surprise!! La compagnie de Chiclayo m'accueille les bras ouverts et, de plus, il y a un dortoir pour la gent féminine. Je passe une excellente soirée à discuter et, le lendemain, suivant leur suggestion, je vais visiter les ruines du Senor de Sipan, de la culture Moche. Les ruines ont été pillées durant des années. À sa redécouverte en 1987, suite à la mort d'un voleur, les ruines ont révélé le plus grand trésor découvert dans les Amériques, la tombe du Senor de Sipan. 

Cette dernière est intacte et remplie d'offrandes: poteries, pierres précieuses, ornements, bijoux, masques en or et plus encore... Ils ont auissi découvert plusieurs autres squelettes: enfants, gardiens, 3 épouses et un homme religieux. En plus, les fouilles ont révélé les tombes del Vieje et del Sacerdote... et les recherches se continuent! J'avoue que je suis très impressionnée, épatée même. 

Le 7 août, je reprends la route pour Chepen, toujours sous des vents violents. À la nuit tombante, j'arrive à la compagnie des pompiers de la ville. Ils m'attendent, ayant été avertis par les pompiers de Chiclayo. Je passe une autre soirée extraordinaire à échanger avec eux, améliorant ainsi mon espagnol d'heure en heure. Tous y vont de leurs meilleures anecdotes. Ces heures sont enrichissantes à tous les points de vue et tout particulièrement en amitié réconfortante. 

Aujourd'hui, 11 août, est une journée bien spéciale: c'est l'anniversaire de ma bonne amie Marie-Hélène. J'arrive à la cie de Trujillo qui, comme les autres, me réserve un accueil extraordinaire. Coïncidence certainement, mais très significative pour moi, ils ont 11 véhicules; c'est la 2° plus grande compagnie en nombre de véhicules, au Pérou.
 
 

Vers les montagnes du Pérou, le lac Titicaca et la Bolivie

Le jour suivant, 12 août, j'entreprends un voyage en autobus vers les montagnes du Pérou, le lac Titicaca et la Bolivie. Ces routes, déjà dans un terrible état avant El Nino 1998, sont devenues infernales depuis. Il est presqu'impossible de voyager à vélo dans ces conditions; en plus, les altitudes varient entre 1 500 et 4 000m et nous devons faire ce trajet en dents de scie. L'autobus est plus rapide et probablement plus sécuritaire. Je dis sécuritaire, mais s'exprimer ainsi est bien osé car, une fois passé Lima, l'autobus entre en collision, à plus de 100 km/h, avec une voiture qui se froisse d'un coup sous l'impact! Ne pouvant sortir par la porte qui se trouve maintenant bloquée, je saute par la fenêtre ( plus haute que je ne le pensais... ) pour aider à porter secours aux occupants. Une passagère s'est fracassée la tête en se frappant à une fenêtre et elle s'est aussi blessée à une jambe. Une policier la conduit à l'hôpital en camionnette. 

Je me sens coupable et bien mal à l'aise de laisser mon vélo pour voyager en autobus. Mais je n'ai plus vraiment le choix, si je veux retourner au Québec pour Noël et finir de parcourir les 8 500 km qui me reste. De cette façon, je pourrai voir la Bolivie dont je n'ai entendu que du bien.

Après 2 nuits en autobus, je transfère à Arequipa en direction de Puno et du Lac Titicaca. La dernière partie du trajet se fait de jour, mais elle est des plus pénibles à cause de la mauvaise chaussée. Ma grande consolation est la beauté des paysages, des montagnes, des lacs et des lamas broutant dans les Andes... 

Avec l'état des routes, je bondis jusqu'à 2 ou 3 pieds quand l'autobus passe dans les trous et sur les bosses, me frappant la tête et le corps partout autour de moi. J'agrippe ce que je peux afin de me faire le moins de mal possible. À mes côtés, des personnes vomissent un peu partout sur le plancher, les bancs etc... 

À Puno, j'arrive épuisée mais heureuse d'enfin voir le Lac Titicaca dont je rêve depuis des mois. Le Lac se situe en partie au Pérou et en partie en Bolivie; il mesure 230 par 97 km et couvre 8 000 km 2.C'est le plus haut lac navigable au monde, à 3 820m; il est aussi le plus grand de l'Amérique du Sud! J'y rencontre Mark, l'allemand de Quito, et Hanra, un cycliste de Finlande. Nous nous dirigeons vers Copacabana, en Bolivie ( toujours sur la rive du lac ), où nous visitons la magnifique Isla del Sol ( Ile du Soleil ). Une randonnée de 4h nous mène de Copacabana jusqu'à la berge la plus proche de l'île. Ce trajet est à tout jamais gravé dans ma mémoire: nous passons par les champs et les montagnes où circulent ensemble vaches, chevaux, ânes, cochons, moutons, chèvres, volailles, chiens et humains! Tous y vivent en harmonie!

Une partie du trajet passe dans un sentier construit par les Incas, il y a 550 ans. À ma grande surprise, ce sentier est toujours en bon état!!! Les berges vert-champs se mêlent confusément aux herbes marines ou aux falaises déchiquetées qui dominent les flots tout près. Le bleu intense et saisissant du lac se démarque avec précision de l'envoûtant vert flou des berges. 

Dans ce sentier, les gens nous réservent un accueil chaleureux, intense, même familial. Une vieille dame, à la peau usée par le soleil et le dur travail, me prend par le bras et me décroche un de ces sourire édenté... Elle me parle, me trouve belle avec mes cheveux et mes yeux clairs et me serre dans les bras en me disant : " Que Dieu veille sur Toi " !

Je poursuis mon chemin, imprégnée par la bonté et l'énergie de cette vieille femme. Son image, pieds nus et visage ridé, restera ineffaçable de mon coeur et de ma mémoire. Lien puissant de quelques minutes, ces moments intimes constituent un des plus grands trésors du voyage. Instants privilégiés où il n'y a aucue barrière de langue, de couleur ou d'âge, seulement l'amitié et le respect purs... Comme c'est fort, précieux et inoubliable! Cette richesse vient de tous ces imprévus et de tous les gens que l'on rencontre. Le vélo est propice à ces événements uniques. Quelle chance pour moi de pouvoir vivre ce rêve fou! Quoique la réalisation n'en soit pas toujours facile et qu'il y ait même des instants de découragement, ceux-ci ne me paraissent que des peccadilles passagères quand je pense à tous ces moments précieux de contacts humains qui s'offrent à moi comme des cadeaux enrichissants et très valorisants.
 
 

Isla del Sol 

En chaloupe, nous nous rendons à l'île du Soleil en savourant pleinement l'heure tranquille, la caresse du vent, la chaleur du soleil, le bleu à l'infini du lac, le spectacle de l'île qui vient à nous et, tout au loin, les sommets enneigés de la région de La Paz.

En débarquant sur l'île, quelques ânes nous attentent pour nous souhaiter la bienvenue. La vue des ruines incas nous ensorcellent. L'île est cultivée par terrasses; les vaches, les ânes et les lamas y broutent tandis que les gens y vivent de leur terre, de leur petit restaurant ou petit hôtel rudimentaire. Leur sourire bienveillant ne nous quitte jamais! 

Nous prenons la direction La Paz, au lever du jour suivant, le 18 août. La Paz, capitale de la Bolivie, est une ville construite à même un canyon de 400m et à une altitude de près de 4 000m. C'est la plus belle grande ville vue depuis le début de mon voyage. Un fait curieux, les quartiers pauvres sont situés en altitude et les riches dans le fond du canyon. Cette inversion est certainement due au froid, à cette altitude! 

L'architecture est magnifique: les rues sont en pente abrupte, souvent visible du sommet jusqu'au, bas et la neige en couronne les cimes. Il est bien difficile de se perdre, nous n'avons qu'à regarder vers le bas pour y retrouver la rue principale.

Aujourd'hui, 19 août, nous perdons notre compagnon Harna qui retourne en Finlande. Mark et moi partons en direction de la ville de " La Coroico ". La route chute de 3 100m en moins de 80 km. Nous passons donc de la montagne enneigée à 4 600m, par un froid mordant, à une jungle chaude et humide à 1 500m! Pour nous y rendre, le spectacle de la route de terre défoncée s'avère incroyable! En plus, cette route est construite à flanc de falaises et le précipice nous menace de sa hauteur imposante, donnant un ahurissant paysage à la verticale!!! Les autobus et les camions y circulent sur une étroite corniche. La pluspart du temps, on ne laisse passer qu'un seul véhicule à la fois afin de permettre au chauffeur de voir l'abîme et d'éviter ainsi une chute mortelle.

Salar de Uyuni

Après un jour à La Coroico, c'est le retour à La Paz, suivi du départ en autobus pour Ayuni, en Bolivie. L'autobus est beaucoup plus rapide que le vélo...et plus praticable sur ces routes de terre. En Bolivie, il n'y a que 200 à 300km de routes asphaltées. Incroyable!

Nous rencontrons Hughs, Australien, et son amie Cathryn, de Nouvelle-Zélande. S'ajoutent à nos rencontres, deux allemands, Torsten et son père Aby ainsi que Pati, Péruvienne, copine de ce dernier. Tous ensemble nous partons visiter le Salar de Uyuni - ancienne mer dont il ne reste qu'un amas sans mesure de sels cristallisés - à une altitude de 3 653m et couvrant un espace de 12 106 km 2

La visite en jeep dure quatre jours entiers. Cet univers blanc s'étend à perte de vue. Toutes les autres camionnettes semblent un point noir dans cet océan blanc. Nous visitons l'hôtel qui est construit en sel, avec mobilier fait aussi de ce " matériau "; seules les portes sont confectionnées de bois et le toit de paille.

Ensuite, nous passons à la magnifique Isla de Pescadores ( Ile de Pêcheurs ) avec ces viscachas ou lièvres à grandes oreilles et ses cactus columnar de plusieurs mètres de haut. Après la vue monochrome de Salar, cet endroit m'apparaît particulièrement féerique. Nous nous dirigeons donc vers les hauts plateaux, à plus de 4 000m, où nous admirons les lagunes de couleurs différentes selon les sédiments environnants. Il est fascinant de voir ces étendues d'eau aux couleurs aussi variées que le rose, le rouge, le bleu, le vert et le brun.... À l'altitude du Salar, les nuits sont froides et le thermomètre peut descendre à -10° C et, avec le facteur vent, la T° peut rejoindre -20°C. C'est vraiment froid sur ces hauts plateaux! 

Dans ces froides lagunes, défiant tout sens de logique, y vivent des milliers de flamands roses... Je les imagine volontiers en Floride, près des palmiers, mais ici, à des températures de-20 -30°C, ils semblent hors contexte. La nuit, ils se blottissent les uns contre les autres pour survivre.
 
 

Sol de Manana

Le deuxième matin, nous nous levons à la laguna Colorado (rouge), à 4 850m d'altitude et à une température de -18°C. Nous allons au Sol de Manana ( Soleil de Demain ) et nous explorons, dans un même environnement, geysers, bassins de boue bouillante et fumerolles avec leur jet de gaz. Tous ces phénomènes engendrés par la nature m'impressionnent, me fascinent et me séduisent. Je suis conquise par la vie millénaire de la terre! 

À près de 5 000m, nous nous baignons dans le "Termas de Chalviri", dans une eau de 28°C ! Cette pause chaude et relaxante est fantastique dans cet univers froid, elle m'apporte un bien-être indescriptible... Imaginez, je suis en Bolivie, à 5 000m d'altitude, trempant bien confortablement dans une eau thermale, sans la moindre trace de neige aux alentours et avec une température de -10°C ! Quel paradoxe et quel souvenir fabuleux! 

En sortant de l'eau, en costume de bain, je sens mon corps aux antipodes. Le froid est si sec et mordant. Au milieu de ce haut plateau, les bras en croix, les cheveux au vent et la robe battant en cadence, je me sens la reine des lieux! Mon corps et mon âme vibrent la vie! Exposée ainsi à un vent déchaîné, ma peau sèche en une minute, mais je dois enlever cette robe car, en un rien de temps, elle se congèle...

Puis, nous rejoignons notre véhicule et atteignons l'altitude de 5 300m, dans une plaine montagneuse.

Le 3° jour, 24 août 1998, après avoir visité la " Laguna Verde " ( Lagune Verte ), Mark, Thorsten, Aby et Pati nous quittent pour la frontière du Chili. Juste à coté de la Lagune Verde, le volcan de Licancabur se dresse tout majestueux et imposant avec ses 5 930m. Alors, Hughs, Cathryn, le guide et moi continuons notre route et, tout à coup, je vois une autruche courir à toutes jambes. Encore une fois, c'est une surprise sinon une apparition de voir ce genre d'animal dans un tel climat. Les lamas, broutant les herbes séchées près des lagunes, me semblent plus appropriés à ce décor. 

Et la dernière journée, retour à Uyuni en visitant un cimetière de train...
 
 

Les mineurs de Cerro Rico

Avec Hughs et Cathryn, deux compagnons agréables durant ce voyage fantastique, je vais à Potosi, située à 4 070m d'altitude ( plus haute ville du monde ). Cette ville minière exploite les gisements de la " Cerro Rico " ( Montagne Riche ) depuis 1545. Surtout grâce à ses gisements d'argent, en quelques années ( vers la fin des années 1700 ), cette ville est devenue la plus prolifique au monde. Le côté tragique de l'histoire est que, sous le contrôle des Espagnols, entre les années 1545 à 1825, il y eut 8 000 000 d'Africains et d'Indiens de Bolivie qui y ont trouvé la mort. La silicose ou les accidents furent la cause de tous ces décès. En étant ainsi enfermés dans les profondeurs des mines pendant des mois ou des années, sans voir la lumière du soleil, ces pauvres travailleurs ne pouvaient survivre à ce pénible régime de vie.

Aujourd'hui encore, l'exploitation se fait à sueur d'hommes avec la pelle, la pioche, le bâton de dynamite et la brouette etc... Dans des tunnels minuscules, ces hommes doivent se pencher, grimper ou descendre 15m, avec un sac de 20 kg sur le dos ou avec une brouette remplie à bloc, pour atteindre un second palier. Malgré ce dur travail, les mineurs prennent le temps de tout nous expliquer. En remerciement, nous leur donnons des feuilles de coca ou de la dynamite. 

En pensant aux conditions des mineurs des siècles précédents et de ceux d'aujourd'hui, cette visite me bouleverse énormément. Ces hommes travaillent des heures interminables ( ils sonr payés à la quantité et à la qualité ) afin que leurs enfants puissent étudier et être ainsi en mesure de ne jamais avoir à mettre les pieds dans cet univers noir. La plupart d'entre eux meurent au bout de 15 à 25 ans de travail, emportés par une maladie pulmonaire quelconque, une silicose ou une silico-tuberculose. Ces travailleurs laissent infuser des feuilles de coca dans une de leurs joues pour réussir à tenir toute la journée dans les profondeurs de mine. Malgré leurs heures interminables, les mineurs sont d'un naturel joyeux et accueillant!
 
 

Hautes montagnes de la Bolivie

La Bolivie est un magnifique pays, en bonne partie situé à plus de 3 000m. Au Canada, une montagne de cette hauteur est considérée comme importante mais ici, ce n'est qu'un immense plateau sur lequel on retrouve régulièrement des routes construites. Fait curieux, sur le volcan Licancabour, malgré sa hauteur imposante, on ne voit que d'infimes traces de neige. Le soleil brille de ses feux à longueur d'année et, dans ces conditions, les précipitations sont rares. 

Contrairement à la Bolivie, la région de Le Paz, avec ses sommets enneigés, dont l'Illimani de 6 402m, est un paradis pour les alpinistes de hautes montagnes. Je n'ai pu vraiment m'approcher de ces montagnes, ni voir la jungle ou admirer les piranhas, les dauphins roses, les caïmans et autres animaux... Par contre, je les garde en banque et y reviendai car l'appel est très fort. 
 
 

De retour à Trujillo, Pérou 

Pour revenir à Trujillo, Pérou, je passe par les montagnes de Huaraz. La Cordillère Blanche et la Cordillère Noire, entre lesquelles passe la route, présentent un panorama grandiose, presqu'incroyable. Spectacle tellement beau que je ne peux quitter la pensée d'y revenir et de parcourir à vélo ces 2 000 à 4 000m de route. 

De retour à Trujillo, je m'arrête plusieurs jours, le temps de me réorganiser et de profiter de la présence de ces pompiers très cordiaux. Je trouve ce séjour plus qu'agréable avec ma nouvelle famille. Je me souviendrai toujours des repas pris ensemble, des marches dans la ville ou sur la plage. Pour me protéger du danger, ces bons amis m'accompagnent du côté de la route ou de l'eau. Je n'oublierai pas cette folle soirée de danse, sur le toit de la compagnie et au son de la musique du parc voisin. Je garderai toujours souvenance des ces soirées à délibérer et chanter ensemble, dans un atmosphère rempli d'une soutenante amitié. Et que dire de Grumen et de Hal, ces deux bergers allemands qui finissent par m'accepter et m'aimer même si je ne porte pas le costume rouge ?... Je me souviens de mon plaisir à écouter jour et nuit les appels d'urgence, mais aussi de la souffrance de ne pouvoir suivre les pompiers et d'agir avec eux.

Je pense aussi à la visite des ruines de Chanchan, de la ville de Sumbal et de sa montagne escaladée en compagnie de Catalino, un des gentils bomberos de Trujillo.

Après tant de mois loin de mon pays, cette nouvelle famille est un baume pour moi. Les pompiers du Pérou et en particulier ceux de Trujillo deviennent des amis pour la vie et... je dois partir en les laissant derrière moi... 
 
 

Départ de Trujillo

Fin septembre, sous un vent furieux, je pars de Trujillo et fais 52 km, en 7h49, sur une route plate... De Chimbote, situé au niveau de la mer, nous partons en autobus sur une route de terre tout aussi épouvantable que les autres, et arrivons dans l'étroit et profond Canyon del Pato ( Canyon du Canard ). Incroyablement, je compte 40 tunnels dans ce canyon! À Caraz, 2 270m, je reprends la route entre la Cordillère Blanche et la Cordillière Noire. Cette route passe par Yungay, un village englouti par un glissement de terrain durant le dévastateur tremblement de terre de 1970. La totalité des habitants a péri. On a compté 18 000 personnes... rien de moins! Et, Huaraz, ville plus au sud, n'a pas été épargnée par cette catastrophe: la majorité du terrain s'est effondrée en entraînant dans la mort 70 000 résidents!

La route qui mène à Huaraz jusqu'à Conococha serpente près de la rivière Santa, toujours entre la Cordillère Blanche ( orientale ) et ses neiges éternelles et la Cordillère Noire de l'autre côté. La beauté des paysages est tout simplement à couper le souffle. De cette route, en vélo, je garde un souvenir inouï. Malgré la pluie du début, le spectacle qui suit est d'une insaisissable splendeur. Je passe beaucoup de temps à m'arrêter pour observer ces majestueuses montagnes des Andes. Et, avec ma caméra, je les immortalise pour mon plus grand bonheur.

Pendant 3 jours, ce ne sont que des montées jusqu'à Conococha, à 4 100m. Puis, j'entreprends une belle descente de 65 km, en deux heures. Durant cette journée, je bats mon record: 171,34 km. J'arrive à 20h à la compagnie de bomberos de Pativilca. Ils doivent m'héberger, cette fois avec une permission spéciale du commandant, compte tenu de l'heure et du danger pour moi en ce pays. Comme toujours, je fais partie de la famille...

Au Pérou, la Cordillère Blanche est la plus élevée avec le sommet Huascaran à 6 768m; il domine les montagnes des Andes qui ont toujours 5 000m et plus. Encore une fois, j'ai des fourmis dans les jambes, mais cela sera pour un autre tantôt. Les Andes m'enchantent, m'attirent et me fascinent; depuis l'Équateur, c'est le paradis ! Je pense que ce doit être une des plus belles régions du monde. Le Pérou est à découvrir; avec ses côtes, la mer, ses montagnes enneigées et la jungle amazonienne... La flore et la faune y sont variées et des plus nombreuses. Un pays qui mérite d'être visité dans tous ses aspects. 

Je vous laisse à vos rêveries et je retourne aux miennes. Des kilomètres m'attendent! 

Si vous saviez le nombre d'heures passées à cet écrit ...! Bonne chance et merci du temps consacré à lire cet autre récit de voyage.

Merci à tous mes amis.Je vous aime,
 
 

Julie Charlotte xxxxx......

À bientôt!
 
 

Je vous invite à suivre cette aventure tenue par Luc pour moi, sur site internet, au http://www3.sympatico.ca/lboyer/julie. 

Je veux remercier tous ceux qui m’aident et m’encouragent d’une façon quelconque durant ce long voyage, autant pour vos messages à l’internet que pour autre apport. Et plus spécifiquement ma famille, mes amis et tous les gens du Québec et d’ailleurs que j’ai rencontrés en voyage.

Julie Lapointe 

Beloeil.

Ecole St-Mathieu 1973-79

PolyBel 1979-84

A suivre.... 

 
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